Dans les salons feutrés du Centre Interrégional de Coordination (CIC) de Yaoundé, les échanges se multiplient entre experts civils, responsables militaires et diplomates venus d’Afrique centrale et de l’Ouest. Les badges aux couleurs des différentes organisations régionales se croisent dans les couloirs tandis que les délégations prennent place autour des tables de travail. À l’ouverture des travaux préparatoires de la cinquième Réunion annuelle des hauts responsables de l’Architecture de Yaoundé, le ton est à la coordination et à la consolidation des mécanismes de sécurité maritime dans le Golfe de Guinée.
Durant trois jours, Yaoundé accueille cette rencontre stratégique organisée sous l’égide de la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale, qui assure actuellement la présidence de la plateforme interrégionale. Aux côtés de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest, de la Commission du Golfe de Guinée et du Centre Interrégional de Coordination, les participants examinent les défis sécuritaires persistants dans un espace maritime devenu stratégique pour le commerce africain et mondial.
Dans son allocution d’ouverture, le Commissaire aux Affaires politiques, paix et sécurité de la CEEAC, le General Marcel Mapangou Moussadji, a insisté sur la nécessité de renforcer l’efficacité opérationnelle de l’Architecture de Yaoundé, mise en place en 2013 à la suite du sommet conjoint des chefs d’État de la CEEAC, de la CEDEAO et de la CGG. Cette architecture régionale avait alors été créée pour coordonner la lutte contre la piraterie maritime, les trafics illicites et l’insécurité dans le Golfe de Guinée, conformément aux résolutions 2018 et 2039 du Conseil de sécurité des Nations unies.
Au cœur des discussions figure le fonctionnement du Centre Interrégional de Coordination, considéré comme la pierre angulaire du dispositif sécuritaire régional. Basé à Yaoundé, le CIC assure la coordination entre les centres régionaux de sécurité maritime d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Ouest, notamment le CRESMAC et le CRESMAO. Les experts doivent examiner les rapports d’activités et financiers 2024-2025 ainsi que le projet de budget 2026 de l’institution.
Les débats portent également sur le transfert du système YARIS, la plateforme régionale d’échange d’informations maritimes développée avec le soutien de l’Union européenne dans le cadre du programme GoGIN II. Désormais placée sous la propriété intellectuelle de la Chambre de commerce UE-Afrique pour une période transitoire de cinq ans, cette plateforme reste un outil essentiel dans la surveillance des espaces maritimes régionaux et le partage des alertes sécuritaires.
Dans la salle de réunion, les experts évoquent aussi les difficultés de financement du CIC et la nécessité de mettre en place des mécanismes plus durables. Parmi les propositions examinées figurent la création d’un mécanisme tripartite de financement impliquant la CEEAC, la CEDEAO et la CGG, ainsi que la désignation d’un représentant permanent auprès de l’Union européenne à Bruxelles afin de renforcer la mobilisation des ressources internationales.
Les participants doivent également adopter un plan stratégique couvrant la période 2026-2030, avec pour objectif de moderniser les capacités opérationnelles du dispositif régional, améliorer les échanges d’informations et renforcer la coopération avec les partenaires internationaux, notamment l’Union africaine et les Nations unies.
Selon plusieurs rapports internationaux, le Golfe de Guinée demeure l’une des zones maritimes les plus sensibles du continent en matière de criminalité transnationale, malgré une baisse relative des actes de piraterie enregistrée ces dernières années grâce aux mécanismes de coopération régionale. Pour les responsables réunis à Yaoundé, la consolidation de l’Architecture de Yaoundé apparaît désormais comme un enjeu stratégique majeur pour la sécurisation des routes maritimes africaines et la protection des échanges commerciaux régionaux.



