Le Wouri est la véritable artère du Port de Douala-Bonabéri. C’est par ce chenal que transitent chaque année les navires qui approvisionnent le Cameroun ainsi que plusieurs pays enclavés d’Afrique centrale. Sans un entretien permanent des profondeurs, la navigation devient plus risquée, les capacités d’accueil diminuent et la compétitivité portuaire s’en ressent. Longtemps, cette mission stratégique a été confiée à des entreprises multinationales spécialisées. Pendant près de quinze ans, cette externalisation a représenté une facture cumulée d’environ 156 milliards de FCFA, faisant du dragage l’un des principaux postes de dépenses du Port autonome de Douala (PAD).
En 2018, la direction générale et le conseil d’administration du PAD changent de cap. Dans le cadre des réformes engagées pour renforcer l’autonomie opérationnelle de l’entreprise publique, ils décident de créer la Régie déléguée du dragage (RDD) afin d’assurer directement cette activité. L’objectif est double : reprendre la maîtrise d’un métier considéré comme stratégique et réduire durablement les coûts d’exploitation tout en garantissant un entretien continu du chenal, des darses, des plans d’eau et des pieds de quai.
Cette réorganisation s’appuie d’abord sur la connaissance permanente de l’état du fleuve. Au sein du département des études et de la planification du dragage, le service d’hydrographie réalise des sondages réguliers afin de mesurer les profondeurs, d’évaluer le niveau d’ensablement et d’établir les priorités d’intervention. Ces relevés permettent à la Régie de programmer les opérations de dragage en continu, limitant ainsi les risques pour la navigation et assurant une meilleure fluidité des escales.
Pour concrétiser cette stratégie, le PAD investit dans ses propres moyens techniques. Sa flotte est renforcée avec l’acquisition de la drague DJI 50, destinée à l’entretien des plans d’eau, de la drague Mondara, tandis que la drague Chantal Biya est réhabilitée. Grâce à ces équipements, le Port dispose désormais d’une capacité permanente d’intervention sur l’ensemble de son domaine nautique, sans dépendre systématiquement de prestataires extérieurs.
Les résultats financiers illustrent rapidement les effets de cette réforme. Entre 2021 et 2025, la Régie déléguée du dragage extrait plus de 13 millions de mètres cubes de sédiments pour un coût global d’environ 27,5 milliards de FCFA. Alors que les contrats externalisés représentaient auparavant plus de 10 milliards de FCFA par an, le dragage exécuté en régie revient désormais à près de 5 milliards, avec un objectif affiché de ramener cette dépense autour de 4 milliards grâce aux gains de productivité.
Au-delà des économies, la réforme produit également des effets sur le tissu économique national. La Régie déléguée du dragage a permis la création de 125 emplois directs et fait travailler près de 200 PME camerounaises intervenant dans les activités de maintenance, de logistique, de fournitures et de sous-traitance. Pour le PAD, cette dynamique traduit la volonté de faire du dragage non seulement un outil de performance portuaire, mais aussi un levier de développement industriel local.
Huit ans après le lancement de cette transformation, le dragage apparaît comme l’une des illustrations les plus marquantes des réformes engagées au Port autonome de Douala. En reprenant la maîtrise d’une fonction longtemps externalisée, l’entreprise publique revendique une meilleure utilisation de ses ressources, une autonomie technique renforcée et une capacité accrue à sécuriser durablement l’accès maritime du principal port camerounais. Sur le Wouri, la souveraineté portuaire se mesure désormais aussi à la capacité du PAD à entretenir lui-même le chenal qui alimente une grande partie de l’économie sous-régionale.
Fabrice Tatisson



