Le Cameroun veut reprendre le contrôle de son or. Longtemps considéré comme l’un des maillons les plus opaques de l’économie extractive nationale, le segment de l’exploitation artisanale semi-mécanisée fait désormais l’objet d’un vaste chantier de restructuration porté par le ministère des Mines. L’objectif est clair : réduire les pertes fiscales, lutter contre les circuits informels et transformer l’or en véritable source de revenus pour l’État.
Lors de sa conférence tenue dans le cadre du Salon de l’Action gouvernementale (SAGO 2026), le ministre par intérim des Mines, Pr Fuh Calistus Gentry, a révélé que plus de 100 sociétés sont actuellement poursuivies devant les juridictions camerounaises pour non-respect des nouvelles exigences réglementaires. Parallèlement, 22 entreprises sont engagées dans un processus de régularisation afin de poursuivre légalement leurs activités.
Cette offensive intervient alors que le Cameroun accélère son entrée dans le cercle des producteurs miniers africains. Après la mise en exploitation en 2025 des projets de fer de Kribi-Lobé et Bipindi-Grand Zambi, de la bauxite de Minim-Martap, du marbre de Bidzar et de l’or de Colomine, les autorités entendent désormais mieux encadrer l’exploitation artisanale, souvent accusée de favoriser la fraude, l’évasion fiscale et la dégradation environnementale.
La réforme repose sur plusieurs piliers. Les exploitants doivent désormais s’acquitter d’une caution environnementale de 63 millions de FCFA, respecter un impôt synthétique minier de 25 %, verser 5 % de droits de sortie, garantir une majorité camerounaise dans leur capital et atteindre un seuil minimal de production de cinq kilogrammes d’or par mois pour chaque site disposant de dix bôles. À cela s’ajoute l’obligation d’adopter, dans un délai de six mois, des procédés de traitement en circuit fermé afin de limiter les impacts environnementaux.
Les enjeux financiers sont considérables. Selon les projections du MINMIDT, la production annuelle attendue des sites en cours de formalisation pourrait atteindre 1 320 kilogrammes d’or, tandis que la Société nationale des mines (SONAMINES) espère collecter au moins 380 kilogrammes. Les recettes potentielles générées par la régularisation de 100 sites illégaux sont estimées à 8,64 milliards de FCFA. Elles pourraient atteindre 17,28 milliards de FCFA si 200 sites se conformaient aux nouvelles dispositions.
Pour les entreprises minières, cette restructuration modifie profondément les règles du jeu. Si elle entraîne des coûts supplémentaires de conformité, elle offre également un cadre plus sécurisé pour les investisseurs et facilite l’accès au financement. La formalisation devrait en outre renforcer la traçabilité de la production, un critère devenu incontournable sur les marchés internationaux de l’or.
Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse les seules recettes fiscales. Le gouvernement ambitionne de bâtir de véritables chaînes de valeur autour des ressources minières, allant de l’extraction à la transformation locale. Cette stratégie s’inscrit dans une politique plus large d’import-substitution et d’industrialisation, avec le développement simultané des filières fer, bauxite, calcaire et or.
À l’échelle de l’Afrique centrale, cette réforme pourrait faire école. La lutte contre l’exploitation illégale des ressources minières constitue aujourd’hui un défi majeur pour plusieurs pays de la sous-région, confrontés à la contrebande et aux pertes de revenus. En renforçant la gouvernance du secteur, le Cameroun cherche à transformer son potentiel géologique en véritable levier de croissance, d’industrialisation et de souveraineté économique.



