Sur fond de recomposition du marché local, l’industrie cimentière camerounaise accélère son ouverture vers l’international. Les données publiées par l’Institut national de la statistique indiquent qu’en 2025, les exportations de ciment ont atteint 10 463 tonnes, soit une hausse spectaculaire de 318,8 % par rapport aux 2 498 tonnes enregistrées en 2024. Cette performance marque un tournant pour un secteur longtemps concentré sur la demande intérieure.
La dynamique observée ne se limite pas aux volumes. Les recettes générées par ces exportations ont également connu une forte progression, passant de 254 millions de FCFA en 2024 à 995 millions de FCFA en 2025. Cette augmentation significative confirme la montée en valeur des flux exportés et l’intérêt croissant des producteurs pour les débouchés extérieurs.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte de mutation profonde du paysage industriel. En un peu plus d’une décennie, le marché du ciment au Cameroun est passé d’une situation de monopole à un environnement fortement concurrentiel. L’entrée de nouveaux acteurs, à la suite de l’arrivée de Dangote Cement en 2015, a profondément redéfini les équilibres du secteur. Aux côtés de Cimencam, filiale de Lafarge Holcim Maroc Afrique, plusieurs producteurs se sont implantés, contribuant à une augmentation rapide des capacités de production.
Aujourd’hui, le pays compte une dizaine de cimenteries en activité ou en projet, parmi lesquelles Cimaf, Medcem, Mira Company, Cimpor, Central Africa Cement, Sinafcam ou encore Yousheng Cement. Cette multiplication des acteurs a permis de porter la production nationale à près de 12 millions de tonnes par an, alors que la demande intérieure est estimée autour de 8 millions de tonnes. Ce déséquilibre structurel crée une pression accrue sur les prix et les parts de marché.
Face à cette surcapacité, les exportations apparaissent comme un levier stratégique pour écouler les excédents de production. Les marchés de la sous-région, notamment en Afrique centrale, offrent des opportunités de croissance pour les industriels camerounais, dans un contexte où les besoins en infrastructures restent importants. Cette orientation permet également de diversifier les sources de revenus et de limiter l’exposition aux fluctuations du marché local.
Par ailleurs, cette percée à l’export intervient dans un environnement marqué par l’intensification des échanges intra-africains, encouragés par la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). L’amélioration progressive des corridors logistiques et des infrastructures de transport pourrait renforcer cette dynamique et faciliter l’accès aux marchés voisins.
À travers cette progression, le secteur cimentier camerounais démontre sa capacité d’adaptation face à une concurrence accrue. L’enjeu, désormais, réside dans la consolidation de ces positions à l’international, tout en maintenant un équilibre sur le marché domestique. Dans une industrie capitalistique et fortement concurrentielle, l’exportation s’impose progressivement comme un axe structurant de croissance pour les entreprises du secteur.



