Depuis plusieurs décennies, la banane-plantain occupe une place centrale dans les habitudes alimentaires des Camerounais, constituant un produit de base pour des millions de ménages. Aujourd’hui, les pouvoirs publics et les acteurs du secteur privé cherchent toutefois à transformer cette culture vivrière en une véritable industrie agroalimentaire stratégique, capable de générer des emplois, d’attirer des investissements et de stimuler les échanges commerciaux régionaux.
Cette ambition a franchi une nouvelle étape le 3 juin dernier à Yaoundé, où 500 étudiants ont reçu des kits de démarrage agricole dans le cadre de la nouvelle phase d’un programme national d’incubation consacré à la filière banane-plantain. Cette initiative s’inscrit dans une démarche plus large visant à repositionner l’agriculture comme un moteur d’entrepreneuriat et de diversification économique, alors que le chômage des jeunes demeure l’un des principaux défis socio-économiques du Cameroun.
Mis en œuvre par l’Association de la filière banane-plantain du Cameroun (FBPC), sous la conduite de Samuel Tony Obam Bikoué, le programme associe formation technique, production agricole, développement d’entreprises et accès aux marchés au sein d’un même dispositif d’incubation. Les 500 bénéficiaires, issus de cinq établissements privés d’enseignement supérieur, constituent la cinquième promotion du programme, baptisée « Promotion Paul Biya ».
Contrairement aux programmes classiques d’appui à l’agriculture, cette initiative privilégie la création d’entreprises économiquement viables plutôt que la simple augmentation des volumes de production. Les participants bénéficient d’un encadrement technique, d’un accompagnement entrepreneurial ainsi que de contrats d’achat garantis destinés à limiter les risques commerciaux une fois les récoltes disponibles.
L’objectif à long terme est particulièrement ambitieux : accompagner la création de 10 000 entreprises agricoles dirigées par des jeunes au cours des cinq prochaines années. En reliant directement la production à des débouchés commerciaux structurés, le programme entend résoudre l’un des principaux obstacles auxquels sont confrontés les jeunes agriculteurs africains : l’accès à des marchés fiables et rémunérateurs.
Les projections économiques sont significatives. Pour cette seule cohorte, les promoteurs estiment les revenus potentiels à au moins 855 millions de FCFA après onze mois de culture. Ces prévisions reposent sur la distribution de 250 000 vitroplants à haut rendement, soit 500 plants par participant, cultivés sur des parcelles mises à disposition par les établissements partenaires.
L’initiative accorde également une place importante à la création de valeur ajoutée. Au-delà de la production agricole, elle prévoit la mise en place progressive d’unités semi-industrielles de transformation au sein des campus participants. Ces infrastructures permettront de produire de la farine de plantain, des chips et d’autres produits dérivés à plus forte valeur marchande que le produit brut.
Cette approche vise à répondre à l’une des faiblesses structurelles de l’agriculture camerounaise : les pertes post-récolte. En développant les capacités locales de transformation, les acteurs de la filière espèrent accroître la rentabilité des exploitations tout en réduisant le gaspillage tout au long de la chaîne de valeur.
Le programme se distingue également par son modèle de partage des revenus. Selon le schéma retenu, les jeunes entrepreneurs conserveront 40 % des bénéfices générés par leurs activités, tandis que les établissements partenaires et la structure d’incubation percevront chacun 30 %. Les promoteurs estiment que cette répartition favorisera l’engagement durable de l’ensemble des parties prenantes.
Le développement des exportations constitue un autre pilier stratégique du projet. Selon les responsables de la FBPC, une part importante de la future production sera destinée au marché gabonais. Ce choix s’explique à la fois par la proximité géographique entre les deux pays et par l’importance de la demande gabonaise en produits alimentaires importés.
Pour le Cameroun, l’augmentation des exportations de banane-plantain pourrait contribuer à renforcer les échanges commerciaux au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), tout en générant des recettes supplémentaires en devises. Cette stratégie s’inscrit également dans l’ambition de faire du pays l’un des principaux fournisseurs agricoles de la sous-région.



