Le commerce extérieur camerounais affiche une légère amélioration au début de l’année 2026. Entre janvier et mars, le déficit de la balance commerciale s’est réduit de 50,5 milliards FCFA, passant de 670,4 milliards FCFA au premier trimestre 2025 à 619,9 milliards FCFA sur la même période en 2026. Une évolution davantage liée au recul des importations qu’à une progression des performances exportatrices du pays.
Selon les données du CNEF, les achats du Cameroun à l’étranger ont reculé de 237,9 milliards FCFA en un an, soit une baisse de 16,2 %. Dans le même temps, les exportations ont diminué de 187,1 milliards FCFA, représentant une contraction de 23,6 %. Cette évolution a permis de réduire mécaniquement le déséquilibre commercial, mais ne traduit pas encore une transformation profonde de la structure des échanges extérieurs.
Le repli des importations s’explique principalement par la baisse de plusieurs catégories de produits stratégiques. La facture des céréales est passée à 81 milliards FCFA, en recul de 34,1 % sur un an. Les importations de machines et appareils électriques ont atteint 85,6 milliards FCFA (-20,2 %), tandis que celles des poissons et crustacés se sont établies à 26,8 milliards FCFA (-35,5 %). Les produits pharmaceutiques ont également enregistré une baisse, à 40,6 milliards FCFA (-18,4 %).
Du côté des exportations, la tendance reste préoccupante. Le cacao et ses dérivés, l’un des principaux produits générateurs de devises pour le Cameroun, n’ont rapporté que 199,1 milliards FCFA, soit une baisse de 37,7 % par rapport au premier trimestre 2025. Les recettes issues du pétrole brut, du gaz naturel liquéfié, de l’aluminium, du bois et du caoutchouc ont également enregistré des replis.
Cette baisse intervient dans un environnement international marqué par plusieurs incertitudes. Le CNEF souligne notamment l’impact du ralentissement économique mondial, des tensions géopolitiques apparues au Moyen-Orient fin février 2026 et des perturbations sur les marchés énergétiques liées aux tensions autour du détroit d’Ormuz. Ces facteurs ont affecté les cours de plusieurs matières premières dont dépend largement l’économie camerounaise.
Malgré cette réduction du déficit commercial, le déséquilibre structurel demeure. L’économie camerounaise reste fortement dépendante des exportations de matières premières et continue d’importer une part importante de ses besoins alimentaires, industriels et technologiques. La baisse des importations observée au premier trimestre reflète donc aussi un ralentissement des achats extérieurs, plutôt qu’une amélioration significative de la compétitivité productive nationale.
Pour les prochains mois, les perspectives restent contrastées. Le CNEF prévoit que les exportations devraient continuer à peser négativement sur la croissance en 2026, avec une contribution estimée à -0,9 point du PIB, après -1,2 point en 2025. Elles pourraient toutefois redevenir légèrement positives en 2027 (+0,2 point). Les importations, après une contribution attendue de +1,3 point en 2026, devraient avoir un impact neutre sur la croissance en 2027.
La réduction du déficit commercial constitue ainsi un signal positif pour les équilibres extérieurs du Cameroun, mais elle rappelle également l’urgence d’accélérer la transformation industrielle locale. Pour améliorer durablement sa position commerciale, le pays devra renforcer ses capacités productives, développer la transformation de ses matières premières et réduire sa dépendance aux importations stratégiques.
Tressy Chouente



