Dans un environnement marqué par les fluctuations des cours internationaux de l’énergie, la rente pétrolière demeure un pilier stratégique des finances publiques camerounaises. Au premier trimestre 2026, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) a enregistré un solde transférable de 49,253 milliards de FCFA au bénéfice de l’État, après prise en compte des dépenses et engagements liés à ses opérations. Ce montant représente 52,2 % des ressources brutes générées par la commercialisation de la part publique des hydrocarbures et des revenus complémentaires, évaluées à 94,345 milliards de FCFA.
Les charges et engagements comptabilisés par la société publique s’élèvent à 45,093 milliards de FCFA. Ils comprennent notamment 17,406 milliards de FCFA de dépenses associatives, 18,052 milliards liés aux activités gazières et 9,635 milliards correspondant à d’autres engagements. Le solde annoncé par la SNH traduit ainsi les ressources disponibles après déduction de ces obligations, sans toutefois préciser la date effective du transfert au Trésor public.
Le pétrole brut reste le principal contributeur aux recettes générées. Sur la période janvier-mars 2026, la commercialisation de 1,662 million de barils correspondant à la part de l’État a rapporté 64,218 milliards de FCFA, soit 68,1 % des ressources brutes enregistrées. Ces cargaisons ont été vendues à un prix moyen de 69,74 dollars le baril, pour une valeur totale estimée à 115,877 millions de dollars.
Le gaz naturel constitue la deuxième source de revenus avec 22,112 milliards de FCFA. Les ventes à Gazprom représentent 15,103 milliards de FCFA, complétées par les opérations réalisées avec Kribi Power Development Company (KPDC) et Keda. À ces recettes s’ajoutent 3,421 milliards de FCFA issus de la commercialisation du gaz de pétrole liquéfié (GPL) auprès de l’État et de Tradex, ainsi que 4,594 milliards de FCFA d’autres revenus. Au total, les ventes d’hydrocarbures correspondant à la part publique atteignent 89,751 milliards de FCFA.
La production demeure concentrée autour de quelques zones stratégiques. Au premier trimestre 2026, les volumes de pétrole brut attribués à l’État et aux partenaires totalisent 4,599 millions de barils. La part revenant à l’État s’établit à 2,691 millions de barils, soit 58,5 % du total. Le bassin de Rio del Rey domine avec 2,357 millions de barils, suivi de Lokele (1,053 million) et Iroko (335 000 barils). Les autres champs représentent environ 854 000 barils.
Dans le secteur gazier, la concentration est encore plus forte. Sur les 17,806 milliards de pieds cubes produits durant la période, le champ Sanaga Sud fournit 17,529 milliards de pieds cubes, soit 98,4 % des volumes. Logbaba contribue à hauteur de 277 millions de pieds cubes. La production de gaz de pétrole liquéfié, estimée à 7 282 tonnes, provient également de Sanaga Sud.
Les performances commerciales publiées par la SNH doivent néanmoins être interprétées avec prudence. Les volumes commercialisés au cours d’un trimestre ne correspondent pas toujours aux volumes produits durant la même période, en raison des décalages liés au stockage, aux enlèvements et aux opérations logistiques. Ainsi, les ventes réalisées par l’État au premier trimestre 2026 ont été inférieures d’environ 1,029 million de barils aux volumes qui lui étaient attribués, tandis que les partenaires ont commercialisé près de 1,063 million de barils supplémentaires par rapport à leur production trimestrielle.
Parallèlement, les revenus issus de la part revenant aux partenaires pétroliers atteignent 198,891 milliards de FCFA, dont 147,370 milliards issus du pétrole brut, 50,076 milliards du gaz naturel et 1,445 milliard du GPL. Toutes parts confondues, la valeur des ventes d’hydrocarbures s’élève ainsi à 288,642 milliards de FCFA, avant intégration des autres recettes portant le montant global à 293,236 milliards de FCFA.
Cette performance intervient alors que les hydrocarbures continuent de représenter une source majeure de financement public. Selon le ministère des Finances, la redevance SNH versée au Trésor public a atteint 91,8 milliards de FCFA à fin mars 2026. Ce chiffre ne correspond toutefois pas directement au solde transférable communiqué par la SNH, les deux indicateurs reposant sur des périmètres et des calendriers comptables différents.
Pour la société publique, ces résultats confirment son rôle central dans la valorisation des ressources énergétiques nationales. Dans un contexte international marqué par l’incertitude sur les prix du pétrole et les mutations du secteur énergétique, la SNH devra maintenir ses performances commerciales tout en préparant de nouveaux investissements destinés à renforcer la production et la sécurité énergétique du Cameroun.
Tressy Chouente



