Prof James Mouangue Kobila. Président de la Cdhc.
Publiée à Yaoundé le 15 mai 2026, la déclaration de la CDHC intervient dans un contexte de fortes tensions sociales autour de la situation des familles. L’institution met en garde contre la persistance des inégalités et l’affaiblissement progressif des structures familiales, dont la fonction de protection sociale se trouve de plus en plus compromise.
La Commission rappelle que la Journée internationale des familles, instituée par la résolution 47/237 de l’Assemblée générale des Nations Unies du 20 septembre 1993, vise à maintenir l’attention mondiale sur la famille comme socle du développement social. L’édition 2026 met en évidence l’impact des inégalités croissantes sur la cohésion familiale et sur les perspectives d’épanouissement des enfants.
Dans son analyse, la CDHC souligne que la Constitution camerounaise de 1996 consacre la famille comme base naturelle de la société et impose à l’État une obligation de protection. Toutefois, les réalités observées révèlent un décalage persistant entre les principes et leur mise en œuvre. Les inégalités économiques, sociales et territoriales continuent de limiter l’accès des familles aux services essentiels et compromettent les conditions d’un développement harmonieux des enfants.
La Commission exprime une vive préoccupation face à l’intensification des violences intrafamiliales. Les cas recensés incluent des violences physiques, psychologiques, sexuelles et économiques, avec une recrudescence de situations graves touchant les mineurs, notamment les abus sexuels, les féminicides et les infanticides. Ces tendances traduisent une dégradation progressive du climat familial dans plusieurs contextes sociaux.
Sur le terrain, les agents de la CDHC constatent également une fragmentation croissante des structures familiales, liée aux migrations internes, aux déplacements forcés et à l’exode rural. Cette évolution entraîne une diminution du soutien parental direct et expose davantage les enfants à des situations de vulnérabilité affective, éducative et sociale.
La Commission élargit son analyse au niveau continental, rappelant que des centaines de millions d’enfants vivent dans des zones touchées par des conflits en Afrique. Cette réalité accentue les risques de violence, de traite et d’exploitation, notamment le long des routes migratoires irrégulières, où les enfants figurent parmi les populations les plus vulnérables.
La CDHC pointe également la corruption comme un facteur structurel aggravant. Elle estime que les pratiques illicites et les détournements dans les services sociaux de base affaiblissent l’efficacité des politiques publiques et réduisent l’accès équitable aux droits fondamentaux liés à la famille, à l’éducation et à la santé.
En matière d’actions, la Commission met en avant ses initiatives de sensibilisation menées en 2025, notamment à Ébolowa, en partenariat avec des organisations de la société civile. Ces activités ont permis de renforcer la compréhension des responsabilités parentales et de promouvoir l’implication des hommes dans la prévention des violences basées sur le genre.
Enfin, la CDHC appelle à une mise en œuvre rigoureuse des recommandations issues de l’Examen périodique universel de 2024, en particulier celles relatives à la protection de la famille. Elle recommande le renforcement des mécanismes de contrôle citoyen dans les services sociaux essentiels afin de lutter contre la corruption et d’améliorer la protection des droits liés à la parentalité et au mariage.
Au terme de sa déclaration, l’institution insiste sur la nécessité d’une action coordonnée de l’ensemble des acteurs publics et sociaux pour restaurer la cohésion familiale et garantir un environnement favorable au bien-être des enfants au Cameroun.



