À Lagos, Abuja et Kano, des milliers de petites entreprises dirigées par des femmes continuent de se heurter à une même difficulté : accéder à des financements abordables dans un système bancaire souvent jugé peu favorable aux PME. Face à cette réalité persistante, le groupe de la Banque africaine de développement (BAD) vient de franchir une nouvelle étape dans sa stratégie de soutien au secteur privé nigérian en approuvant une enveloppe financière de 61 millions de dollars, soit environ 34 milliards de FCFA.
Validé le 29 avril 2026 par le conseil d’administration de l’institution panafricaine, ce financement sera déployé via la Development Bank of Nigeria (DBN), partenaire stratégique de longue date de la BAD. L’objectif affiché est de réduire les barrières structurelles qui freinent encore l’accès des femmes entrepreneures aux crédits bancaires et d’élargir les capacités de financement des PME opérant dans des secteurs jugés prioritaires pour l’économie nigériane.
Le programme repose sur une architecture financière articulée autour de plusieurs instruments complémentaires. Une ligne de crédit de 50 millions de dollars sera consacrée au financement des entreprises féminines, tandis qu’une facilité concessionnelle de 8 millions de dollars sera mobilisée dans le cadre du Mécanisme catalytique de financement des PME agricoles (ACFM). À cela s’ajoute un don de 3 millions de dollars accordé via l’initiative AFAWA (Affirmative Finance Action for Women in Africa), soutenue par le Women Entrepreneurs Finance Initiative (We-Fi), plateforme hébergée par le groupe de la Banque mondiale.
Pour les responsables de la BAD, cette initiative vise à corriger les déséquilibres persistants dans l’accès au financement. Selon plusieurs études de la Banque mondiale et de la Société financière internationale (IFC), les entreprises détenues par des femmes en Afrique subsaharienne font face à un déficit de financement estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Au Nigeria, où les PME représentent plus de 90 % du tissu économique et contribuent fortement à l’emploi, les difficultés d’accès au crédit demeurent l’un des principaux freins à la croissance du secteur privé.
Le mécanisme prévoit également des systèmes d’incitation basés sur la performance afin d’encourager les banques partenaires à augmenter la part des crédits accordés aux femmes entrepreneures. Pour la BAD, il ne s’agit plus seulement de soutenir des activités économiques à petite échelle, mais de transformer les entreprises féminines en véritables moteurs de croissance, de création d’emplois et de résilience sociale.
Une attention particulière sera accordée aux secteurs considérés comme stratégiques pour le développement du Nigeria. Agriculture, énergies renouvelables, santé, services à forte valeur ajoutée : autant de filières identifiées comme prioritaires dans un pays confronté à une forte pression démographique et à des besoins massifs de diversification économique. Dans le secteur agricole notamment, les autorités financières misent sur les PME féminines pour renforcer la sécurité alimentaire, améliorer les revenus ruraux et stimuler les chaînes de valeur locales.
Au-delà des financements directs, le programme prévoit également des garanties partielles de crédit, des prêts à long terme ainsi que des dispositifs de renforcement des capacités afin de réduire les risques pour les établissements financiers et faciliter l’intégration des entrepreneures dans le système bancaire formel.
Cette initiative s’inscrit dans la stratégie décennale 2024-2033 de la BAD, qui place l’inclusion financière, le développement du secteur privé et l’égalité des genres parmi ses priorités majeures. Elle s’aligne également sur le document de stratégie pays 2025-2030 du Nigeria, axé sur l’autonomisation économique des femmes et des jeunes ainsi que sur la promotion d’une croissance plus verte et plus inclusive.
Dans un contexte de ralentissement économique mondial et de tensions persistantes sur les marchés financiers, la BAD espère ainsi faire du Nigeria un laboratoire régional de financement inclusif capable de soutenir durablement l’expansion des PME africaines.



