Dans les couloirs feutrés du secteur bancaire d’Afrique centrale, l’annonce a provoqué une onde de choc. Après plusieurs mois de négociations discrètes, Vista Bank poursuit sa stratégie de conquête du marché bancaire africain en mettant la main sur Société Générale de Banques en Guinée Équatoriale (SGBGE). Derrière cette opération se dessine l’une des plus importantes offensives de restructuration bancaire observées ces dernières années dans la sous-région Cemac.
A Malabo, où l’économie reste encore fortement dépendante des hydrocarbures, le départ progressif des groupes bancaires européens ouvre un espace inédit aux institutions financières africaines. Comme d’autres multinationales françaises avant lui, Société Générale poursuit sa politique de recentrage stratégique sur des marchés jugés plus rentables. En novembre 2025, le groupe français avait déjà cédé ses 57 % de participation dans SGBGE à l’État équato-guinéen, lequel recherchait depuis un repreneur capable d’assurer la continuité des activités de la banque.
Pour Vista Bank, cette acquisition constitue une étape supplémentaire dans une expansion continentale menée à grande vitesse. En quelques années, le groupe fondé par Simon Tiemtoré s’est imposé comme l’un des acteurs bancaires africains les plus offensifs. Déjà présent au Burkina Faso, en Gambie, en Sierra Leone, en Guinée, au Mozambique et récemment en France à travers des opérations de financement structurées, Vista Bank multiplie les acquisitions laissées vacantes par les établissements occidentaux en retrait du continent africain.
Selon plusieurs sources financières proches du dossier, le groupe prévoit d’injecter jusqu’à 10 milliards de dollars dans son programme global d’expansion et de modernisation bancaire en Afrique au cours des prochaines années. L’objectif affiché est clair : bâtir un groupe financier panafricain capable de rivaliser avec les grandes banques historiques du continent. Une partie de ces investissements devrait être consacrée à la digitalisation des services bancaires, au financement des PME, à l’inclusion financière et au développement des infrastructures de paiement dans plusieurs pays africains.
Dans les agences de SGBGE à Malabo et Bata, les employés observent encore avec prudence cette transition. Car si Vista Bank promet une nouvelle dynamique de croissance, l’opération demeure conditionnée à plusieurs validations réglementaires. La Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), régulateur du système bancaire de la Cemac, doit encore examiner la solidité financière du projet ainsi que ses implications sur la stabilité du secteur bancaire régional. Les autorités communautaires chargées de la concurrence devront également se prononcer sur cette prise de contrôle.
Cette acquisition intervient dans un contexte de profonde mutation du paysage bancaire africain. Depuis plusieurs années, de grands groupes européens réduisent leur présence sur le continent, ouvrant la voie à des investisseurs africains désireux de renforcer leur souveraineté financière. D’après les données de la Banque africaine de développement (BAD), les banques africaines contrôlent désormais plus de 60 % des actifs bancaires du continent, contre moins de 40 % il y a une quinzaine d’années. Une recomposition qui redessine progressivement les équilibres financiers régionaux.
Pour la Guinée équatoriale, confrontée à un ralentissement économique lié au recul de la production pétrolière, l’arrivée de Vista Bank pourrait représenter un levier de relance pour le financement du secteur privé. Les autorités espèrent notamment voir émerger davantage de crédits destinés aux entreprises locales et aux projets de diversification économique hors pétrole.
En attendant les dernières autorisations réglementaires, Simon Tiemtoré vient d’envoyer un signal fort au marché : les groupes financiers africains entendent désormais jouer les premiers rôles dans la recomposition du secteur bancaire continental. Sorelle Ninguem



