(LVDE) — Confronté à un retournement brutal du marché international du cacao et à une accumulation de stocks invendus, le gouvernement ivoirien a décidé d’abaisser fortement le prix garanti aux planteurs. Désormais fixé à 1 200 FCFA le kilogramme, contre 2 800 FCFA quelques mois plus tôt, ce nouveau tarif traduit les tensions qui traversent la principale filière agricole du pays et soulève des inquiétudes chez des millions de producteurs dépendants de cette culture.
Dans les zones cacaoyères de Côte d’Ivoire, l’annonce a fait l’effet d’un choc. Mercredi, les autorités ont officialisé un nouveau prix d’achat du cacao aux producteurs fixé à 1 200 francs CFA le kilogramme. Ce niveau représente une diminution d’environ 57 % par rapport au tarif précédent de 2 800 francs CFA, instauré lors de la campagne principale ouverte en octobre dernier. La mesure intervient alors que le pays, premier producteur mondial de cacao, fait face à une conjoncture internationale défavorable marquée par la chute des cours et par des difficultés d’écoulement de la production.
La fixation des prix bord champ est décidée deux fois par an par l’État, à l’ouverture de la grande campagne et lors de la campagne intermédiaire généralement lancée en avril. Cette année, l’ajustement a été anticipé afin de répondre à la crise qui frappe la filière. Selon le ministre ivoirien de l’Agriculture, Bruno Koné, la décision est directement liée à l’évolution du marché mondial. Après avoir atteint des sommets historiques en 2024, dépassant parfois 11 000 dollars la tonne sur certaines places boursières, les prix du cacao ont amorcé une baisse progressive en 2025 avant de reculer davantage au début de l’année 2026.
Actuellement, la tonne de cacao se négocie autour de 2 900 dollars sur les marchés internationaux, soit environ 1 600 francs CFA le kilogramme. Dans ces conditions, le cacao ivoirien se retrouvait récemment près de 75 % plus cher que les cours mondiaux lorsque le prix bord champ restait fixé à 2 800 francs CFA. Ce décalage a progressivement paralysé les transactions : plusieurs exportateurs ont suspendu leurs achats, tandis que certains négociants proposaient des paiements inférieurs au tarif officiel pour écouler la marchandise plus rapidement.
Dans les coopératives agricoles, des dizaines de milliers de tonnes de fèves se sont accumulées, plongeant de nombreux producteurs dans une situation financière délicate. Le cacao représente pourtant un pilier central de l’économie ivoirienne. La filière contribue à environ 14 % du produit intérieur brut et fait vivre directement ou indirectement près de cinq millions de personnes, entre planteurs, transporteurs, coopératives et exportateurs.
Face à la situation, le Conseil Café-Cacao, organisme public chargé de la régulation du secteur, avait déjà annoncé en janvier un programme exceptionnel de rachat de stocks auprès des coopératives afin de désengorger les entrepôts. Mais la dégradation continue des prix internationaux a finalement contraint les autorités à revoir leur politique tarifaire.
Pour le gouvernement, l’objectif est d’éviter un blocage durable du marché et de relancer les exportations, essentielles pour les recettes en devises du pays. Toutefois, sur le terrain, la baisse du prix inquiète les planteurs qui redoutent une réduction importante de leurs revenus. Dans les principales régions productrices, notamment à Soubré, Daloa ou San Pedro, plusieurs organisations agricoles appellent déjà à des mesures d’accompagnement pour soutenir les exploitants les plus fragilisés.
Cette décision illustre la forte dépendance de l’économie ivoirienne aux fluctuations du marché mondial du cacao. Malgré les efforts engagés ces dernières années pour transformer localement une part croissante de la production, le pays reste largement exposé aux variations des cours internationaux.
Sorelle Ninguem



