Dans les vastes bassins cotonniers du septentrion camerounais, la bataille ne se joue plus uniquement dans les champs. Elle se prolonge désormais sur les routes qui relient les sites de production aux unités industrielles et aux ports d’exportation. La Sodecoton vient ainsi de remettre en jeu un important marché de transport de sa fibre, évalué à 18,58 milliards de FCFA. L’avis d’appel à candidatures national, publié le 1er septembre 2026, prévoit un accord-cadre à marchés subséquents couvrant la campagne 2025/2026 et les suivantes.
Répartie en 38 lots, la consultation couvre les liaisons entre plusieurs bassins de production — Tchatibali, Kaélé, Maroua, Guider, Garoua 3, Djamboutou 3, Ngong, Mayo-Galké, Touboro ou encore Homé — et les sites d’arrivée de Ngaoundéré ainsi que les ports de Douala et Kribi. Pour la Sodecoton, l’enjeu est directement lié à son activité d’exportation de fibre. Les entreprises peuvent candidater sur un ou plusieurs lots, les prestations étant exécutées au gré des commandes. Le transport constitue la seule prestation prévue, hors manutention.
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Le niveau de l’enveloppe attire toutefois l’attention. Le nouveau marché intervient après une première procédure lancée en février 2026 pour la seule campagne 2025/2026. Celle-ci avait également été structurée en 38 lots avant d’être abandonnée. En élargissant désormais la couverture aux campagnes suivantes, la Sodecoton cherche à donner davantage de visibilité à sa chaîne logistique. L’opération intervient surtout dans un contexte de contraction des volumes de coton disponibles pour l’égrenage.
Les chiffres de la campagne 2025/2026 donnent la mesure du ralentissement. La production de coton graine s’est établie à 250 720 tonnes, contre 284 613 tonnes un an plus tôt, soit un recul de 13,5 %. La fibre transformée a, elle, atteint 103 156 tonnes, en baisse de 10,3 %, soit 11 800 tonnes de moins sur une campagne. La tendance prolonge le repli observé après le record de 394 090 tonnes de coton graine enregistré en 2023/2024.
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Cette érosion de la matière première pèse mécaniquement sur l’appareil industriel et logistique de l’entreprise. Le ministère des Finances attribue notamment le recul aux conditions climatiques défavorables et aux inondations enregistrées dans plusieurs bassins de production, qui ont contribué à réduire les superficies emblavées. La Sodecoton doit donc composer avec une équation plus complexe : maintenir l’approvisionnement des usines et l’acheminement de la fibre exportable, tout en évoluant dans une filière dont les rendements restent exposés aux aléas climatiques.
L’entreprise tente néanmoins de sécuriser la prochaine campagne. Elle avait anticipé l’acquisition de 52 000 tonnes d’intrants pour une valeur annoncée de 40 milliards de FCFA, afin notamment d’éviter les retards d’approvisionnement qui avaient pénalisé la campagne précédente. Une nouvelle cargaison de 60 000 tonnes est également prévue pour compléter les besoins de la campagne 2026/2027. Cette stratégie illustre la volonté de la Sodecoton de reprendre la main sur les facteurs qu’elle peut maîtriser, alors que le climat continue de peser sur la production.
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Le défi est d’autant plus stratégique que les épisodes climatiques extrêmes ont déjà provoqué de lourdes pertes. En 2024, la Sodecoton avait évalué à environ 13,8 milliards de FCFA les pertes liées aux effets du changement climatique sur sa production, notamment sous l’effet du stress hydrique, des sécheresses, de la dégradation de la qualité du coton et de la pression accrue des ravageurs.
Pour les transporteurs, le marché constitue ainsi une opportunité commerciale significative. Pour la Sodecoton, il représente surtout une pièce essentielle de la chaîne de valeur : transformer le coton récolté en fibre, puis garantir son transfert vers Ngaoundéré et les corridors portuaires de Douala et Kribi. Dans une filière confrontée à la baisse des volumes et au dérèglement climatique, la performance logistique devient donc un levier aussi important que la production elle-même.
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Anatole Bidias



