À Kribi, le projet de terminal à hydrocarbures change de dimension. Après plusieurs années de maturation, la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) vient d’installer la gouvernance de sa nouvelle société de projet, le Dépôt pétrolier de Kribi (DPK S.A.). Patrice Etame Etame en prend la direction générale, tandis que Véronique Moampea Mbio, directrice générale de la SCDP, préside le conseil d’administration.
Cette mise en place intervient alors que le DPK entre dans une séquence décisive. La SCDP, qui porte le projet, a lancé en juillet un appel à manifestation d’intérêt international pour présélectionner les entreprises ou groupements chargés de concevoir, construire, pré-commissionner et mettre en service le dépôt et ses installations associées. Les candidatures étaient attendues jusqu’au 20 août 2026.
Le futur complexe sera implanté sur près de 30 hectares dans la zone industrialo-portuaire de Kribi. Il comprendra un quai pétrolier de près de deux kilomètres, relié à une station manifold par pipeline, et pourra recevoir des navires transportant jusqu’à 80 000 tonnes. La première phase prévoit 140 000 m³ de stockage d’hydrocarbures liquides et 12 000 tonnes métriques de GPL, avec des capacités appelées à augmenter par la suite.
Le choix de Kribi répond à une équation logistique. Grâce à son port en eau profonde et à un tirant d’eau pouvant atteindre 16 mètres, la plateforme permettra l’accueil de navires de grande capacité, avec l’ambition de réduire les coûts et les contraintes liés aux importations de produits pétroliers. Au démarrage, le terminal devrait pouvoir traiter jusqu’à 5 millions de tonnes par an, avant de viser 10 millions.
Pour Patrice Etame Etame, cette prise de fonction s’inscrit dans un parcours construit au sein de la SCDP. Titulaire d’un BSc, d’un MSc et d’un Executive MBA de l’UQAM, il a notamment exercé comme directeur QSE, puis conseiller technique et responsable de projets. En 2025, il figurait parmi les cadres concernés par la réorganisation de l’entreprise et la rationalisation de ses fonctions de conseil.
Le chantier repose sur un partenariat noué fin 2025 entre la SCDP, le Port autonome de Kribi (PAK) et le consortium Parlym/Negri. Signé le 18 décembre 2025, l’accord attribue à la SCDP le rôle d’opérateur national des infrastructures pétrolières aval, au PAK celui de promoteur des facilités portuaires et au consortium franco-camerounais l’expertise technique et l’ingénierie du volet portuaire.
Le projet a franchi un autre verrou en mai 2026 avec l’accord de la Présidence de la République pour son financement et son exploitation. Les travaux sont annoncés sur environ 30 mois. Pour la SCDP, l’enjeu est de renforcer les capacités nationales de stockage, de sécuriser les approvisionnements et de faire de Kribi une plateforme de redistribution énergétique vers les marchés camerounais et de l’hinterland, notamment le Tchad et la Centrafrique.
Avec la création du DPK et l’arrivée de Patrice Etame Etame à sa tête, la SCDP donne ainsi une incarnation managériale à l’un de ses projets les plus structurants. Le terminal de Kribi ne relève plus seulement de la planification : il entre désormais dans une phase où la sélection des entreprises, la construction et, à terme, l’exploitation devront traduire sur le terrain l’ambition de faire de Kribi un nouveau pivot énergétique de l’Afrique centrale.
Anatole Bidias



