Le changement d’actionnaires ne garantit pas, à lui seul, le redressement de la Société sucrière du Cameroun (Sosucam). Si l’accord conclu avec le groupe Somdia constitue un tournant historique, il ne marque que le début d’un processus de transformation dont la réussite dépendra de nombreux facteurs. Pour les nouveaux investisseurs, le véritable défi n’est pas de reprendre une entreprise emblématique, mais de la remettre durablement sur la voie de la rentabilité dans un environnement où les contraintes restent nombreuses.
Le point de départ est exigeant. Entre 2023 et 2024, la Sosucam a enregistré 37 milliards de FCFA de pertes cumulées, conséquence d’un sous-investissement prolongé, d’équipements vieillissants, de coûts de production élevés et d’une production insuffisante face à la demande nationale. Pour inverser cette trajectoire, le consortium a annoncé un programme d’investissement de 137,7 milliards de FCFA, destiné à moderniser les usines, renforcer l’irrigation, améliorer les rendements agricoles et optimiser les performances industrielles.
Lire aussi : CAMEROUN – AGRO-INDUSTRIE : Sosucam, le grand test du capitalisme camerounais
Le premier scénario est celui d’un redressement progressif. Si les investissements sont réalisés dans les délais, que les capacités industrielles augmentent et que les rendements des plantations s’améliorent, la Sosucam pourrait accroître sa production, réduire ses coûts unitaires et renforcer sa présence sur le marché national. Cette dynamique serait d’autant plus favorable si les autorités poursuivent leurs efforts contre les importations frauduleuses et assurent un environnement concurrentiel plus équilibré. Dans cette hypothèse, l’entreprise retrouverait progressivement une capacité bénéficiaire tout en contribuant à réduire les importations de sucre.
Un second scénario, plus prudent, repose sur une amélioration partielle des performances. Les investissements pourraient permettre de moderniser les infrastructures sans pour autant combler rapidement l’écart entre l’offre nationale et une demande estimée à près de 400 000 tonnes de sucre par an, alors que la production actuelle avoisine 86 000 tonnes. Dans ce cas, la Sosucam gagnerait en efficacité mais continuerait de dépendre d’un marché marqué par les importations de régulation, la volatilité des coûts et une concurrence soutenue.
Lire aussi : CAMEROUN – PORTRAITS : Les cinq investisseurs appelés à réinventer la Sosucam
Le scénario le plus défavorable ne peut être écarté. Des retards dans la mise en œuvre du programme d’investissement, une hausse persistante des coûts logistiques, des aléas climatiques affectant les plantations ou une progression de la contrebande pourraient compromettre les objectifs de redressement. À cela s’ajoutent les défis sociaux liés aux quelque 6 000 emplois directs et indirects que l’entreprise devra préserver tout en recherchant des gains de productivité. Dans une industrie aussi capitalistique, la moindre dérive sur les coûts ou les délais peut peser durablement sur les résultats financiers.
Au-delà des scénarios, plusieurs indicateurs permettront de mesurer le succès de la reprise. L’évolution de la production annuelle, l’amélioration des rendements agricoles, la réduction des pertes financières, l’exécution effective des 137,7 milliards de FCFA d’investissements, la progression des parts de marché du sucre local et la capacité de l’entreprise à générer des bénéfices constitueront les principaux marqueurs de la transformation. À plus long terme, la contribution de la Sosucam à la réduction des importations de sucre sera également un critère déterminant.
Lire aussi : CAMEROUN – INDUSTRIE : Le pari de 137,7 milliards FCFA qui doit sauver la Sosucam
La question n’est donc plus de savoir si la Sosucam a changé de propriétaires, mais si elle peut devenir un champion industriel rentable sous pavillon camerounais. La réponse dépendra moins de la portée symbolique de l’opération que de la capacité des nouveaux dirigeants à transformer leurs ambitions en résultats mesurables. C’est à cette condition que la reprise de la Sosucam pourra être considérée comme un véritable succès industriel, financier et agricole, et devenir une référence pour les futures grandes opérations de reprise d’entreprises au Cameroun.
Amelie Yandal



