Romy et Alain Castel.
Le conflit de gouvernance qui traverse le groupe Castel franchit un nouveau cap. Réunis le 26 juin 2026 à Blanquefort, siège de Castel Vins en périphérie de Bordeaux, les actionnaires ont acté la révocation de Romy Castel et d’Alain Castel de leurs fonctions au sein du conseil d’administration de la filiale viticole historique du groupe. La décision a été prise par DF Holding, structure luxembourgeoise contrôlant à 99,99 % Castel Vins, au cœur d’un bras de fer familial désormais ouvert.
Dans un communiqué, DF Holding justifie cette éviction par des “actions incompatibles avec les intérêts du groupe” et une dégradation des conditions de confiance entre les parties prenantes. La structure estime que la poursuite de leur mandat n’était plus compatible avec les exigences de gouvernance du groupe, invoquant la nécessité de préserver la stabilité et la continuité stratégique de Castel Vins, pilier historique de l’empire fondé par Pierre Castel.
Castel Vins constitue en effet le cœur patrimonial du groupe, avec 23 châteaux et domaines viticoles, six maisons de négoce, deux plateformes de commerce en ligne et le réseau de cavistes Maison Nicolas. L’entreprise, historiquement dirigée par Alain Castel depuis 2006, représente l’un des actifs les plus symboliques de la galaxie Castel, dont l’activité s’étend également aux boissons et à l’agro-industrie en Afrique.
La décision a immédiatement suscité une réaction des deux héritiers concernés. Romy Castel et Alain Castel dénoncent une mesure brutale et contestent fermement leur éviction, qu’ils considèrent comme une nouvelle étape d’un processus de prise de contrôle progressif de l’empire familial. Dans leurs déclarations, ils accusent la direction opérationnelle du groupe de vouloir marginaliser les héritiers historiques et de réorienter la stratégie vers des logiques de cession d’actifs.
Au centre des tensions figure également la question des activités africaines du groupe, notamment la Société sucrière du Cameroun (Sosucam), dont Somdia détient 88,36 %. Quelques jours avant leur éviction, Romy Castel avait publiquement dénoncé une stratégie de désengagement progressif de l’agro-industrie africaine, évoquant une volonté de “vendre plutôt que d’investir”. Elle plaidait, au contraire, pour un renforcement des investissements industriels sur le continent.
La direction du groupe, incarnée par Grégory Clerc, défend pour sa part une approche différente, fondée sur la restructuration et l’optimisation du portefeuille d’actifs. Dans une interview récente, celui-ci a confirmé l’existence de discussions avec les autorités camerounaises autour de la Sosucam, tout en réfutant toute stratégie de désengagement total. Yaoundé a, de son côté, posé plusieurs conditions à toute évolution capitalistique, notamment la sécurisation de la prochaine campagne sucrière.
Cette crise dépasse désormais le seul périmètre de Castel Vins et s’étend à l’ensemble de la gouvernance du groupe. Depuis la nomination de Grégory Clerc à la direction générale en 2023, les tensions avec les héritiers se sont multipliées, alimentées par des divergences stratégiques et des accusations de concentration du pouvoir. Le groupe, discret sur ses arbitrages internes, se retrouve ainsi au cœur d’une bataille de contrôle où s’entremêlent enjeux familiaux, financiers et industriels, dans un empire agroalimentaire aux fortes ramifications internationales.



