Thomas OWONA ASSOUMOU, Directeur Général de la société Aéroports Du Cameroun (ADC).
L’exercice 2025 marque un retour à une rentabilité plus conforme à l’activité réelle des Aéroports du Cameroun (ADC). Après une année 2024 portée par des éléments comptables exceptionnels, l’entreprise publique affiche un bénéfice net de 2,54 milliards de FCFA, contre 9,2 milliards un an plus tôt, soit une contraction de 72,4 %. Cette baisse ne traduit toutefois pas un ralentissement de l’activité. Le chiffre d’affaires reste pratiquement inchangé à 36,89 milliards de FCFA, contre 36,79 milliards en 2024 (+0,3 %), témoignant de la résilience des plateformes aéroportuaires camerounaises dans un contexte d’exploitation plus exigeant.
Les indicateurs opérationnels apparaissent en revanche moins favorables. L’excédent brut d’exploitation (EBE) recule de 20,5 %, passant de 9,91 à 7,88 milliards de FCFA, tandis que le résultat d’exploitation est ramené à 4,26 milliards, contre 15,68 milliards en 2024. Si la valeur ajoutée demeure stable à 22,61 milliards de FCFA, cette performance est absorbée par une progression sensible des charges de personnel et par une hausse des dotations aux amortissements et provisions. Ces dernières atteignent 23,41 milliards de FCFA, contre 18,34 milliards un an auparavant.
La masse salariale constitue l’un des principaux facteurs de pression sur les marges. Les charges de personnel progressent de 16,3 % pour s’établir à 14,73 milliards de FCFA, soit près de 40 % du chiffre d’affaires. ADC explique cette évolution par l’ajustement des provisions pour congés payés, le versement de la prime de résultat 2024, la progression des effectifs, les avancements de carrière, les départs à la retraite ainsi que le recours accru à du personnel occasionnel pour les activités de maintenance et d’entretien.
La baisse du bénéfice s’explique surtout par la disparition d’un effet exceptionnel enregistré en 2024. Cette année-là, le traitement comptable de la créance de 28,51 milliards de FCFA détenue sur Camair-Co avait généré d’importantes reprises de provisions. En 2025, ADC a effectivement encaissé 22,8 milliards de FCFA grâce à la titrisation de cette créance par l’État, après une décote de 5,7 milliards. L’essentiel de l’impact comptable ayant déjà été constaté l’année précédente, les comptes retrouvent désormais un niveau plus représentatif de la performance courante. À cela s’est ajouté un ralentissement temporaire du trafic aérien, perturbé pendant plusieurs semaines par le contexte post-électoral.
Malgré ce repli de la rentabilité, la situation financière de l’entreprise demeure solide. Sa trésorerie nette bondit de 7,6 à 23,4 milliards de FCFA grâce au produit de la titrisation, tandis que les placements financiers atteignent désormais 12 milliards de FCFA sur le marché obligataire de la Cemac. Ces investissements ont déjà généré 683 millions de FCFA d’intérêts. Si ADC conserve ainsi une confortable marge de manœuvre financière, le véritable défi sera désormais d’améliorer sa rentabilité opérationnelle dans un environnement marqué par la hausse des coûts, les besoins de modernisation des infrastructures et les incertitudes qui pèsent sur le trafic aérien régional.



