Akinwumi Adesina, nouveau directeur général du fonds “Diamonds for Development”.
Le Botswana franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de valorisation de la rente diamantifère. Avec la désignation d’Akinwumi Adesina à la tête du fonds “Diamonds for Development”, lancé conjointement par le gouvernement et le géant minier De Beers, Gaborone entend transformer une ressource naturelle en levier structurant de croissance.
Ancien président de la Banque africaine de développement entre 2015 et 2025, le dirigeant nigérian est appelé à piloter ce véhicule stratégique dès le 15 juin 2026. Sa mission consiste à renforcer l’impact économique des revenus du diamant, tout en accompagnant la diversification d’une économie encore largement dépendante de l’extraction minière.
Doté d’un capital initial de 75 millions de dollars, le fonds a été créé en 2024 dans le cadre du renouvellement de l’accord commercial entre De Beers et le Botswana, premier producteur mondial de diamants en valeur historique sur plusieurs décennies. L’objectif affiché est de financer des projets structurants dans les infrastructures, l’innovation, l’emploi et les chaînes de valeur locales.
Le choix d’Akinwumi Adesina repose sur un parcours marqué par la mobilisation de capitaux à grande échelle sur le continent. À la tête de la BAD, il a supervisé une augmentation historique du capital de l’institution, passé de 93 à 318 milliards de dollars, et contribué à mobiliser plus de 225 milliards de dollars d’intentions d’investissement via l’Africa Investment Forum. Une expertise jugée déterminante pour structurer un fonds orienté vers l’impact et la performance.
Pour De Beers, ce partenariat s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer la durabilité économique et sociale de l’industrie diamantifère. Le groupe, actif au Botswana, en Namibie, en Afrique du Sud et au Canada, cherche à améliorer la redistribution de la valeur créée et à consolider son ancrage dans les économies locales.
Cette nomination intervient toutefois dans un contexte de tension sur le marché mondial du diamant. En 2024, la production botswanaise a été évaluée à 1,36 milliard de dollars, légèrement inférieure à celle de l’Angola (1,41 milliard de dollars), selon les données du Processus de Kimberley. Une première en deux décennies, qui illustre le recul relatif du Botswana face à la concurrence régionale.
La baisse des revenus s’explique notamment par le ralentissement de la demande mondiale et la montée en puissance des diamants synthétiques, qui bouleversent les équilibres traditionnels du secteur. Dans ce contexte, le pays cherche à réduire sa dépendance aux exportations de brut en renforçant la transformation locale et la diversification économique.
Le fonds “Diamonds for Development” ambitionne ainsi de devenir un instrument de référence dans la gestion des ressources naturelles en Afrique. Son architecture prévoit la nomination d’administrateurs indépendants et la mise en place de mécanismes de gouvernance destinés à garantir transparence et efficacité dans l’allocation des financements.
Au-delà du secteur minier, l’enjeu est clair : transformer la richesse diamantifère en moteur de développement durable, capable de soutenir la croissance à long terme et de renforcer la résilience de l’économie botswanaise face aux chocs du marché mondial.



