Le Gabon ouvre un nouveau front dans la récupération des créances issues de la gestion des deniers publics. Près de 1 700 milliards de FCFA de débets et d’amendes restent à recouvrer, selon les chiffres communiqués par la Cour des comptes. Accumulé sur une période pouvant atteindre deux décennies, ce stock concerne environ 600 personnes physiques et morales. L’objectif affiché est désormais de transformer des décisions financières parfois anciennes en recettes effectivement encaissées par l’État.
La population des débiteurs est hétérogène. Elle comprend notamment des comptables publics et des ordonnateurs de crédits, parmi lesquels des responsables gouvernementaux et des élus locaux, mais également des entreprises privées. Certains dossiers seraient liés à des fonds publics versés sans réalisation complète des prestations ou travaux correspondants. Le montant de 1 700 milliards ne constitue donc ni un détournement unique ni une perte enregistrée au titre du seul exercice 2026 : il s’agit d’un cumul de décisions de débets et d’amendes dont le recouvrement demeure incomplet.
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Le calendrier, lui, est désormais précis. Les personnes et entités concernées disposent jusqu’au 7 octobre 2026 pour s’acquitter des sommes dues ou régulariser leur situation. À l’issue de ce délai, les dossiers non soldés susceptibles de relever du pénal pourront être transmis à la justice répressive, selon les conditions prévues par la loi. L’enjeu n’est donc plus seulement de dresser l’inventaire des créances, mais de mesurer combien de ces montants peuvent réellement retourner dans les caisses publiques.
L’ordre de grandeur donne la mesure du défi. Sur la base du budget rectifié de l’État gabonais, établi à 5 495,2 milliards de FCFA pour 2026, les 1 700 milliards représentent environ 30,9 % des crédits annuels, soit près d’un tiers. Cette comparaison ne signifie évidemment pas que l’État pourra récupérer immédiatement l’intégralité de cette somme, mais elle permet de mesurer le poids potentiel de ces créances dans les finances publiques.
Le dossier comporte également un élément spectaculaire : un débiteur serait redevable à lui seul de près de 800 milliards de FCFA, selon des informations relayées dans la presse gabonaise. Ce montant représenterait près de 47 % du total annoncé. Mais, faute de ventilation officielle permettant à ce stade d’identifier et de documenter précisément cette créance, ce chiffre doit être présenté avec prudence. Sa confirmation permettrait toutefois de mesurer l’extrême concentration d’une partie du passif à recouvrer.
Pour l’État gabonais, le véritable indicateur sera désormais le taux de recouvrement. Combien de débiteurs vont régulariser leur situation ? Quel montant sera effectivement encaissé avant le 7 octobre ? Quels dossiers basculeront vers la justice ? Au-delà du montant spectaculaire annoncé, c’est cette capacité à convertir des créances anciennes en ressources budgétaires qui permettra de mesurer la portée de l’opération. Pour les entreprises concernées, notamment celles ayant bénéficié de fonds publics, l’épisode rappelle également le renforcement attendu de la traçabilité et de la responsabilité dans l’utilisation des ressources de l’État.
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Sorelle Ninguem



