Une formation tournée vers la finance
Avant les grands comptes, il y a la formation. Samanta Raissa Gaelle Elolongue est diplômée d’un Master en finance et comptabilité de l’Université de Douala. Ce parcours académique constitue le socle d’une trajectoire qui va rapidement la conduire vers l’un des segments les plus exigeants de la banque commerciale : l’accompagnement des grandes entreprises. Son choix de la finance et de la comptabilité l’inscrit ainsi dans un univers où la lecture des comptes, l’analyse des besoins financiers et la compréhension des modèles économiques constituent des compétences centrales.
Les informations publiques disponibles documentent encore peu les différentes étapes de son parcours académique avant ce Master. Mais son itinéraire professionnel permet de mesurer la cohérence entre cette formation et la spécialisation qu’elle va progressivement construire. Chez Société Générale Cameroun, elle s’est en effet orientée vers la relation avec les Grandes Entreprises, un univers où les connaissances financières doivent se conjuguer avec la compréhension des activités et des enjeux propres à chaque client.
Dix années au contact des grandes entreprises
C’est au sein de Société Générale Cameroun que cette expertise prend véritablement corps. Pendant dix ans, Samanta Elolongue évolue dans l’environnement corporate de l’établissement, jusqu’à occuper le poste d’Attachée Relations Commerciales Grandes Entreprises. Une décennie qui constitue la partie la plus substantielle de son expérience professionnelle et qui la place au contact d’une clientèle aux besoins multiples : financement du cycle d’exploitation, investissements, gestion des flux, accompagnement bancaire et relation avec les directions financières.
Dans ce métier, la relation commerciale ne se résume pas à proposer un crédit. Elle suppose de comprendre le fonctionnement d’une entreprise, ses contraintes de trésorerie, ses projets d’investissement et son environnement sectoriel, puis de faire le lien avec les différentes expertises de la banque. C’est cette expérience accumulée pendant une décennie que la banquière emporte aujourd’hui dans sa nouvelle maison.
Le changement intervient dans un moment particulier. Après le rachat par l’État camerounais de 58,08 % du capital détenu par Société Générale, la participation publique dans l’établissement est montée à 83,68 %. La banque a ensuite pris le nom de General Bank of Cameroon. Le départ de Samanta Elolongue intervient donc au moment où son ancien employeur traverse l’une des plus importantes transformations de son histoire récente.
Une nouvelle étape chez AFG Bank
Début septembre 2026, Samanta Elolongue annonce elle-même son arrivée chez AFG Bank Cameroun. « Après 10 ans au sein de la Société Générale Cameroun, je tourne une page fondamentale de mon parcours professionnel », écrit-elle. Quelques jours plus tôt, elle a rejoint l’établissement au poste de Chargée d’affaires Grandes Entreprises. « Le meilleur reste à venir », ajoute-t-elle, donnant à cette mobilité la tonalité d’un nouveau départ professionnel.
La nouvelle banque n’est elle-même qu’au début d’une nouvelle séquence. Depuis le 3 mars 2025, Banque Atlantique Cameroun est devenue AFG Bank Cameroun. Ce changement de dénomination s’inscrit dans le repositionnement du groupe Atlantic Financial Group autour d’une identité bancaire panafricaine commune. Pour le groupe, cette transformation accompagne une ambition de développement fondée notamment sur le capital humain, l’expérience client et la performance.
Une banque qui change de dimension
Les performances récentes d’AFG donnent une profondeur particulière à l’arrivée d’une professionnelle spécialisée dans les Grandes Entreprises. Selon les états de concordance du marché bancaire consultés par EcoMatin, les dépôts collectés par AFG Bank Cameroun ont atteint 1 196 milliards de FCFA à fin 2025, contre 930 milliards un an plus tôt. En douze mois, la banque a ainsi engrangé près de 266 milliards de FCFA de ressources supplémentaires, portant sa part de marché dans les dépôts de 11,1 % à 13,1 % et lui permettant de prendre la deuxième place du classement derrière Afriland First Bank.
La progression est également visible du côté des crédits. Les encours sont passés de 615 milliards de FCFA en 2024 à près de 812 milliards en 2025, soit une hausse de plus de 32 %. Les crédits à moyen terme ont particulièrement progressé, de 295,1 à 441,3 milliards de FCFA, soit près de 50 %. Les concours accordés aux entreprises privées ont, eux, augmenté de plus de 33 %. AFG reste toutefois troisième sur le marché des crédits, derrière Afriland First Bank et Société Générale Cameroun.
Le corporate comme terrain de jeu
Cette montée en puissance trouve également une traduction dans les financements structurants. En mai 2025, AFG Bank Cameroun, via Atlantic Financial Group, a participé à la mobilisation de 147 millions d’euros, soit environ 97 milliards de FCFA, pour le développement d’un terminal vraquier sur la rive droite du Wouri, dans le prolongement du Port de Douala-Bonabéri. Le groupe indique que cette enveloppe a été mobilisée à travers ses filiales d’Afrique centrale et qu’il s’est engagé à accompagner les phases suivantes du projet.
L’opération illustre le type d’environnement dans lequel Samanta Elolongue va désormais évoluer. Son poste de Chargée d’affaires Grandes Entreprises la place sur un segment où la banque doit conjuguer conquête commerciale, connaissance des entreprises, structuration des besoins de financement et maîtrise du risque. Son expérience de dix ans dans cet univers constitue, à ce titre, un capital professionnel immédiatement lisible.
Le capital humain, l’autre bataille
Dans le corporate banking, certaines ressources ne figurent dans aucun bilan. La connaissance des entreprises, des dirigeants, des cycles d’activité et des mécanismes de financement se construit avec le temps. Pour une banque qui accélère, attirer des professionnels déjà familiarisés avec les exigences de cette clientèle peut donc contribuer à réduire le temps nécessaire pour renforcer son dispositif commercial.
Il serait toutefois excessif de présenter l’arrivée de Samanta comme la preuve d’une campagne organisée de recrutement chez un concurrent. Aucun élément public ne permet de l’affirmer. Le rapprochement est néanmoins significatif : une professionnelle qui a consacré dix ans aux Grandes Entreprises rejoint précisément une banque dont les crédits aux entreprises privées et les financements structurants connaissent une progression importante.
La prochaine équation
Pour AFG Bank Cameroun, la question n’est désormais plus seulement celle de la croissance. Il s’agit de transformer l’augmentation des dépôts et des crédits en croissance durable, rentable et maîtrisée. Les données d’EcoMatin montrent notamment que les créances en souffrance sont passées de 60,8 à 74,9 milliards de FCFA entre 2024 et 2025. Leur taux de couverture par les provisions est parallèlement revenu d’environ 78 % à près de 63 %. La poursuite de l’expansion du crédit devra donc s’accompagner d’une vigilance accrue sur la qualité des actifs.
Pour Samanta Elolongue, le changement de banque constitue une nouvelle étape plus qu’une rupture. Son parcours académique en finance et comptabilité, prolongé par dix années de pratique auprès des Grandes Entreprises, la conduit désormais dans une institution panafricaine qui cherche à gagner durablement du terrain dans le paysage bancaire camerounais. Entre la formation acquise à l’Université de Douala, l’expérience accumulée chez Société Générale Cameroun et ce nouveau chapitre chez AFG, la trajectoire est cohérente : rester au plus près des entreprises, mais dans une banque dont les ambitions ont changé d’échelle.
Tressy Chouente



