Au Port autonome de Douala, la performance ne s’arrête pas aux quais et aux terminaux. Elle se joue aussi sur les routes. Lorsque Cyrus Ngoo prend les commandes de la plateforme portuaire, la voirie du domaine de Douala-Bonabéri apparaît fortement dégradée, alors que les trafics progressent et que les poids lourds sollicitent quotidiennement les infrastructures. Réhabiliter les axes existants, créer de nouvelles dessertes et ouvrir des voies de contournement deviennent alors des priorités pour réduire les points de congestion et sécuriser les flux. Une décennie plus tard, plus de 40 km de voirie ont été construits ou réhabilités.
Le chantier prend une dimension particulière dans la zone aval, notamment à Essengué. Le sol y cumule plusieurs contraintes : zones marécageuses, saturation en eau, matières organiques et faible portance. Or c’est précisément sur ces terrains que se développent des activités logistiques, industrielles et de stockage nécessitant le passage répété de véhicules lourds. Le PAD a donc retenu des solutions de stabilisation adaptées à ces conditions géotechniques, avec notamment le procédé Novocrete. Les études techniques du projet portent sur la construction de 5 km de voie de contournement et 5 km de voies de desserte.
La méthode consiste à traiter le problème à la base. Selon la nature des terrains, les matériaux impropres peuvent être purgés, avant la mise en place de remblais et de différentes couches de chaussée. Le Novocrete est utilisé pour stabiliser les matériaux et renforcer la structure. Les études du PAD soulignent notamment son intérêt pour améliorer la portance, la perméabilité et la durabilité des chaussées. Dans d’autres secteurs, la technologie Neoloy Geocell permet de renforcer les plateformes en répartissant les charges exercées par les véhicules lourds sur les sols compressibles.
Cette transformation dépasse la seule amélioration du confort de circulation. Les nouvelles voies de desserte et de contournement doivent accélérer l’évacuation des marchandises vers les principaux axes routiers et faciliter la circulation à l’intérieur de la plateforme. Le projet d’Essengué vise ainsi à désengorger la zone portuaire et à mieux irriguer les espaces destinés aux activités économiques. Le PAD indique par ailleurs que l’utilisation du Novocrete peut permettre des économies de 20 à 30 % sur certains travaux, en plus de renforcer la solidité et la durabilité des ouvrages. Source : Port autonome de Douala.
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À Essengué, l’enjeu est également foncier et économique. La création de nouvelles dessertes contribue à désenclaver des espaces appelés à accueillir davantage d’activités industrielles, logistiques et de stockage. Les routes deviennent ainsi un outil d’aménagement du domaine portuaire : elles rapprochent les plateformes des réseaux d’évacuation, facilitent les mouvements des opérateurs et élargissent les possibilités d’exploitation de terrains auparavant difficiles d’accès. La logique est celle d’un port qui ne se contente plus d’entretenir ses infrastructures, mais cherche à préparer ses espaces aux besoins futurs de la chaîne logistique.
Derrière ces kilomètres de chaussée se joue finalement une question beaucoup plus stratégique : le temps. Moins d’attente pour les camions, des itinéraires mieux répartis, une évacuation plus rapide des marchandises et une circulation sécurisée renforcent mécaniquement la compétitivité de la place portuaire. En transformant sa voirie, le Port autonome de Douala travaille donc sur l’une des infrastructures invisibles de sa performance. De l’amont à l’aval, les routes constituent désormais une véritable ossature de la modernisation du complexe portuaire.
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Fabrice Tatisson



