(LVDE) – Au Nigeria, Dangote Industries prépare l’acquisition de ses propres navires pour acheminer ses produits vers l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Annoncée le 25 août 2026, cette stratégie répond aux difficultés d’accès au fret maritime et au coût élevé des corridors routiers régionaux.
Pour Dangote, le prochain avantage compétitif pourrait se jouer en mer. Le conglomérat nigérian prépare l’acquisition de navires afin de mieux contrôler l’acheminement de ses marchandises vers les marchés ouest et centrafricains. Sada Ladan-Baki, responsable du commerce international et des exportations de Dangote Cement, a révélé cette orientation lors d’un séminaire consacré aux exportations non pétrolières. Le déclic est révélateur : le groupe a éprouvé des difficultés à trouver un navire disponible pour transporter seulement 1 000 tonnes de ciment du Nigeria vers le Ghana.
Cette pénurie de capacité maritime met en lumière un paradoxe du commerce régional africain : des marchés géographiquement proches peuvent rester coûteux à approvisionner. Lorsque la voie maritime n’est pas disponible, les industriels se reportent sur la route, avec des formalités frontalières, des taxes de transit et des délais supplémentaires. Pour Dangote, dont le ciment dispose d’une capacité de production annuelle annoncée de 50 millions de tonnes, l’enjeu dépasse donc le transport d’une cargaison ponctuelle : il s’agit de fluidifier une chaîne de distribution appelée à soutenir une expansion régionale de grande ampleur.
L’acquisition de navires permettrait au groupe de passer d’une logique de dépendance au fret disponible à une maîtrise accrue de sa logistique. Les bénéfices recherchés sont multiples : sécurisation des capacités, meilleure planification des livraisons, maîtrise des volumes et réduction potentielle des surcoûts liés au transport terrestre. La démarche pourrait également servir plusieurs activités du conglomérat, qui opère notamment dans le ciment, le raffinage, les engrais, la pétrochimie et le gaz.
Le contexte renforce l’intérêt de cette stratégie. La montée en puissance de la raffinerie Dangote transforme déjà les flux énergétiques du Nigeria : selon l’Energy Information Administration américaine, les exportations maritimes nigérianes de produits pétroliers ont été multipliées par sept depuis 2023, sous l’effet notamment de la production de la raffinerie du groupe. L’outil maritime devient ainsi progressivement une composante de son dispositif industriel, et non plus un simple service acheté auprès de tiers.
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Pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, l’enjeu est plus large. En internalisant une partie du transport, Dangote cherche à transformer sa puissance industrielle en capacité commerciale régionale. Le groupe pourrait ainsi mieux exploiter les débouchés offerts par les besoins en ciment, carburants et intrants industriels, tout en contournant certaines contraintes des corridors terrestres. Cette stratégie illustre surtout une évolution du capitalisme africain : les grands conglomérats ne veulent plus seulement produire à grande échelle ; ils cherchent désormais à contrôler les infrastructures logistiques indispensables à leur expansion.
Sorelle Ninguem



