À Douala, la valeur économique d’un hôtel ne tient pas seulement à ses chambres, à ses revenus ou à son emplacement. Elle dépend aussi de la sécurité juridique du terrain qui porte l’investissement. C’est tout l’enjeu du dossier Djeuga Palace, pris dans un contentieux autour d’une ancienne emprise ferroviaire de l’ex-Regifercam, à Bonanjo. Par ordonnance de référé n°506/H du 23 juillet 2026, le Tribunal de première instance de Douala-Bonanjo a ordonné la libération du site sous 48 heures. La décision a été signifiée à la société hôtelière le 21 août par huissier.
Derrière cette procédure se trouve un différentiel foncier considérable. Selon les éléments publiés dans le dossier, une concession provisoire avait été accordée en 2008, avant une concession définitive du 18 juin 2016 portant sur 5 972,3 m² pour 29,861 millions de FCFA. Une mission gouvernementale a ensuite relevé une occupation de 1 hectare 07 ares 04 centiares, soit environ 10 704 m², dont la valeur marchande a été estimée à près de 10 milliards de FCFA. À ce niveau, l’estimation du terrain représente environ 335 fois le montant de la concession définitive. C’est cette différence d’échelle qui donne au litige une dimension patrimoniale majeure.
L’enjeu n’est toutefois pas de déterminer, dans cet article, qui est définitivement propriétaire du foncier : cette question relève des juridictions compétentes. Sur le plan économique, le dossier met surtout en lumière le risque qu’un investissement lourd peut encourir lorsque la régularité de son assiette foncière est contestée. Pour le Cabinet Conseil Atou, chargé de la gestion et de la sauvegarde des actifs résiduels de l’ex-Regifercam, il s’agit de préserver les droits attachés à ce patrimoine. Pour la société hôtelière, la contestation affecte directement un actif immobilier construit et exploité depuis plusieurs années.
Le feuilleton judiciaire s’est complexifié en juillet. Le Tribunal administratif du Littoral a accordé, le 21 juillet, un sursis à exécution contre l’arrêté ministériel de février 2026 ayant rétracté la concession définitive et remis en cause le titre foncier n°318/WA. Quelques jours plus tard, le Tribunal de première instance de Douala-Bonanjo rendait son ordonnance de référé relative à la libération du site. Ces décisions, issues de procédures distinctes, montrent que le contentieux demeure juridiquement ouvert et que son issue dépendra de l’articulation des différents recours.
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Pour l’économie camerounaise, l’affaire dépasse donc le seul cas Djeuga Palace. Elle pose la question du coût du risque foncier pour les investisseurs. Un terrain juridiquement sécurisé constitue un actif ; un terrain dont le titre est durablement contesté devient, au contraire, une source d’incertitude susceptible de fragiliser la valeur de l’investissement, son financement et sa capacité à se développer. Le projet Djeuga Palace figurait par ailleurs dans le Plan d’investissement de l’État parmi les investissements touristiques, avec une enveloppe projetée de 14,96 milliards de FCFA et 199 emplois. Ces chiffres concernent le projet recensé par le document public et ne permettent pas d’assimiler automatiquement ces emplois à l’effectif actuel du site litigieux.
Pour l’État, le dossier pose une question symétrique : comment récupérer, sécuriser et valoriser les actifs issus d’anciennes entreprises publiques sans créer une incertitude durable pour l’investissement privé ? À Bonanjo, quartier stratégique de Douala, la réponse aura une portée qui dépasse les murs du Djeuga Palace. Car au-delà de l’hôtel et du litige qui l’oppose au Cabinet Conseil Atou, c’est la gouvernance du foncier, la protection des investissements et la valorisation du patrimoine public qui se retrouvent au centre du débat.
Anatole Bidias



