La facture alimentaire extérieure du Cameroun s’allège, mais le signal doit encore être décrypté. Au premier trimestre 2026, les achats de produits alimentaires à l’étranger ont atteint environ 54 milliards de FCFA, contre 65 milliards sur la même période de 2025, soit une baisse de 11 milliards, équivalente à près de 17 %. Derrière cette inflexion, le riz et surtout le maïs concentrent l’essentiel du mouvement.
Le décrochage du maïs est particulièrement spectaculaire. Sa facture d’importation est passée de 3,9 milliards de FCFA au premier trimestre 2025 à environ 600 millions un an plus tard, soit près de 85 % de baisse. Cette évolution intervient alors que les autorités cherchent à protéger les producteurs locaux confrontés à des stocks difficiles à écouler. En mai 2026, le gouvernement avait ainsi suspendu la délivrance des permis d’importation de maïs afin de favoriser l’absorption de la production nationale.
Le riz, premier poste de cette équation, bénéficie pour sa part de l’augmentation des superficies cultivées depuis 2024, mais aussi d’un durcissement de la fiscalité à l’importation. Les droits de douane ont été relevés de 5 % pour le riz ordinaire et de 20 % pour les catégories dites de luxe. L’objectif est double : renchérir relativement le produit importé et créer un espace économique plus favorable aux opérateurs de la filière locale.
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Cette baisse ne peut toutefois être assimilée mécaniquement à une nouvelle étape de l’autosuffisance alimentaire. Le ralentissement des exportations informelles vers le Nigeria a également modifié les équilibres du marché. La dépréciation du naira, les restrictions commerciales nigérianes et les mesures de soutien à l’agriculture du voisin ont réduit les débouchés transfrontaliers pour certaines céréales camerounaises. Une partie de l’offre est ainsi restée disponible sur le marché domestique, diminuant temporairement le recours aux importations.
Le facteur logistique ajoute une autre pièce au puzzle. La hausse des coûts du transport maritime a réduit l’attractivité de certaines cargaisons importées. FEWS NET estime d’ailleurs que les coûts élevés du fret continuent de soutenir les prix des denrées importées, notamment du riz et du blé. En juin 2026, les prix du riz brisé et du maïs restaient supérieurs à leur moyenne quinquennale, malgré une détente liée à la diminution des flux vers le Nigeria.
Le paradoxe est que l’allègement de la facture extérieure peut devenir une difficulté pour les producteurs si les débouchés ne suivent pas. Une offre locale plus abondante, combinée à une moindre demande nigériane, risque de peser sur les prix à la production et sur les revenus des exploitants. L’INS avertit ainsi que certains petits producteurs pourraient rencontrer davantage de difficultés à vendre leurs récoltes à des conditions suffisamment rémunératrices.
L’enjeu est d’autant plus stratégique que la dépendance céréalière reste lourde. En 2025, le Cameroun avait encore importé pour 466,9 milliards de FCFA de céréales, dont 268,7 milliards pour le riz, 187,8 milliards pour le froment et 10,3 milliards pour le maïs. Cette facture avait néanmoins diminué de 14,1 % sur un an.
Pour les entreprises agricoles et agro-industrielles, la prochaine bataille sera donc moins celle de la réduction ponctuelle des importations que celle de la transformation de cette baisse en avantage durable. Accroître les rendements, sécuriser le stockage, développer la transformation locale et structurer les débouchés sont désormais les conditions pour que les 11 milliards de FCFA économisés sur la facture extérieure deviennent un véritable gain de compétitivité pour l’économie camerounaise.
Tressy Chouente



