Le changement de modèle se précise entre Yaoundé et Bruxelles. Après plusieurs décennies principalement consacrées à l’aide au développement, l’Union européenne veut désormais faire davantage de l’investissement un levier de sa coopération avec le Cameroun. Reçu le 11 août par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, l’ambassadeur sortant de l’UE, Jean-Marc Châtaigner, a notamment dressé le bilan d’un partenariat qui a permis de mobiliser plus de 953 millions d’euros de subventions, soit environ 626 milliards de FCFA. Un volume qui traduit le poids historique de l’appui européen dans le financement du développement camerounais.
La nouvelle programmation confirme cette inflexion. Pour la période 2021-2027, l’UE a alloué 244 millions d’euros, près de 160 milliards de FCFA, sous forme de subventions au Cameroun. Mais cette enveloppe s’inscrit dans une stratégie plus large : « Global Gateway ». Lancée en 2021, celle-ci vise à associer l’UE, ses États membres, les institutions financières et le secteur privé afin de mobiliser jusqu’à 300 milliards d’euros d’investissements dans le monde. Au Cameroun, les priorités couvrent notamment l’énergie, les transports, le numérique, l’agriculture et l’accès au financement.
Pour les entreprises, le message est clair : les financements européens doivent davantage servir de catalyseur à l’investissement privé. La Cameroon-EU Business Week, organisée à Yaoundé du 16 au 19 juin 2026, a placé le financement, le commerce et les opportunités d’affaires au cœur des échanges entre pouvoirs publics, investisseurs et opérateurs économiques. Cette dynamique vise notamment à rapprocher les entreprises des instruments européens et à faire émerger des projets dans les énergies renouvelables, le numérique, l’agro-industrie, le transport et la logistique.
L’énergie constitue l’un des principaux terrains de cette transformation. Avec 420 MW, Nachtigal figure parmi les projets emblématiques soutenus dans le cadre de Global Gateway. L’UE accompagne aussi l’interconnexion des réseaux électriques camerounais et tchadien, destinée notamment à permettre l’exportation d’électricité, ainsi que le développement du barrage hydroélectrique de Kikot, annoncé à 500 MW. Dans le Septentrion, l’Équipe Europe soutient en parallèle une agriculture résiliente au changement climatique, avec plus de 16 000 exploitations familiales ciblées.
Les infrastructures de transport constituent l’autre pilier de ce repositionnement. Le pont sur le Logone entre Yagoua et Bongor, qui renforce la liaison entre le Cameroun et le Tchad, s’inscrit dans cette logique de connectivité régionale et de facilitation des échanges. L’UE présente également le corridor Douala-N’Djamena comme un axe stratégique pour le commerce et la compétitivité de l’Afrique centrale. Plusieurs autres projets sont en préparation, confirmant le rôle croissant des infrastructures dans le nouveau partenariat.
Au-delà des ouvrages, Bruxelles veut aider le Cameroun à conserver davantage de valeur sur son territoire. L’objectif passe par l’amélioration de l’accès au financement, la compétitivité des entreprises et le développement des chaînes de valeur. Le cacao, le café et le coton figurent parmi les filières où une transformation locale plus poussée pourrait accroître les retombées économiques pour les opérateurs camerounais. L’Accord de partenariat économique avec l’UE offre par ailleurs un accès préférentiel au marché européen.
Ce virage intervient après plus de six décennies de coopération, dont les racines remontent au premier Fonds européen de développement créé en 1959 et à l’accord signé à Yaoundé en 1963 entre la Communauté économique européenne et les États africains associés. Alors que Jean-Marc Châtaigner s’apprête à quitter son poste, la relation entre dans une nouvelle séquence : après les 626 milliards de FCFA de subventions mobilisés au fil des décennies, l’Europe entend désormais faire de l’investissement, des infrastructures et surtout des entreprises des moteurs majeurs de son partenariat économique avec le Cameroun.
Amelie Yandal



