Le cacao camerounais sort d’une campagne sous tension. À Yaoundé, le 6 août 2026, l’Office national du cacao et du café (ONCC) a dressé le bilan de la saison 2025-2026, à l’occasion du lancement de la nouvelle campagne. La valeur FOB des fèves exportées depuis Douala a chuté à 400,9 milliards de FCFA, contre 1 074,6 milliards un an plus tôt, soit plus de 673 milliards de FCFA envolés.
Cette contraction s’explique par un double effet. Les volumes expédiés ont reculé de 192 013 tonnes en 2024-2025 à 125 468 tonnes, soit 66 545 tonnes de moins (-34,65%). Dans le même temps, le prix FOB du kilogramme à Douala s’est effondré, évoluant entre 1 520 et 3 110 FCFA, contre 3 808 à 7 536 FCFA un an auparavant. La baisse atteint près de 60%.
Pour les opérateurs, cette évolution rappelle l’exposition du cacao camerounais aux cycles internationaux. Après trois campagnes mondiales déficitaires qui avaient propulsé les cours à des sommets, l’offre mondiale a renoué avec l’excédent pour la deuxième saison consécutive. L’abondance de l’offre par rapport à la demande a entraîné une correction des prix jusque dans les bassins de production.
Le producteur camerounais en a directement subi l’impact. Le prix d’achat officiel du kilogramme a oscillé entre 700 et 4 300 FCFA durant la campagne 2025-2026, contre 3 210 à 5 400 FCFA la saison précédente. En 2023-2024, il avait culminé à 6 000 FCFA. Cette volatilité pèse sur les revenus des producteurs et les marges des entreprises de la chaîne.
Pour les entreprises exportatrices, le choc est d’autant plus sensible que le cacao avait changé de statut dans le commerce extérieur camerounais. En 2025, selon l’Institut national de la statistique (INS), les fèves avaient représenté 26,3% des recettes d’exportation, devant les huiles brutes de pétrole, à 22,9%. Avec la chute des revenus de la dernière campagne, le cacao pourrait perdre cette première place.
Le marché conserve néanmoins des débouchés solides. L’Europe a absorbé 84,67% des volumes exportés, soit 113 528 tonnes, avec les Pays-Bas en tête. L’Asie arrive ensuite avec 14,24%, soit 19 107 tonnes, tandis que l’Afrique ne représente que 1,13%, pour 1 515 tonnes.
Pour le Cameroun, le défi de la nouvelle campagne sera double : préserver les volumes et mieux résister aux retournements des cours. La baisse de 2025-2026 rappelle que la performance de la filière se mesure aussi à la capacité des entreprises à capter davantage de valeur sur la chaîne cacao.
Tressy Chouente



