Le signal est d’abord adressé au secteur privé. Reçu au Palais de la Rénovation, le président de la Fédération des entreprises du Gabon (FEG), Alain Kouakoua, était accompagné de dirigeants de PME. Le chef de l’État a annoncé une opération destinée à alléger les tensions de trésorerie, préserver les emplois et soutenir la reprise de l’investissement. Le gouvernement la présente comme une étape de l’apurement progressif des créances publiques, sans révéler le montant total des arriérés dus aux opérateurs économiques.
Sur les 51 milliards annoncés, 21 milliards FCFA correspondent à 1 478 ordonnances de paiement couvrant la période 2022-2026. Cette première enveloppe doit profiter à des PME intervenant notamment dans le BTP, l’entretien, l’approvisionnement en carburant et la fourniture de produits alimentaires. Les 30 milliards restants sont destinés au règlement des créances de TVA dues aux opérateurs des filières forêt-bois et minière. Ces secteurs font face à une conjoncture moins favorable, notamment en raison du ralentissement de certains débouchés internationaux, particulièrement en Asie.
L’opération intervient dans une économie où le financement des activités hors pétrole demeure un enjeu central. Selon la note de conjoncture du ministère gabonais des Finances citée dans le dossier, les crédits à l’économie représentaient 48,2 % du crédit intérieur, contre 47,5 % au quatrième trimestre 2025, après une progression de 3,5 % sur trois mois. L’agroalimentaire, le BTP et le transport figurent parmi les branches ayant soutenu cette dynamique. Dans le même temps, le négoce des produits pétroliers n’a progressé que de 0,4 %, tandis que l’industrie du bois affichait une hausse de 7,1 %.
Pour la filière forêt-bois, l’enjeu dépasse le règlement des factures. Selon la Banque mondiale, le secteur comptait près de 15 000 emplois en 2023, représentait 3,2 % du PIB et 6 % des exportations, tout en constituant le premier employeur privé du pays. L’institution relève par ailleurs que les perturbations des transports et l’affaiblissement de la demande mondiale ont pesé sur les activités du bois et du manganèse. Le remboursement des créances fiscales doit donc apporter des marges de manœuvre à des opérateurs exposés aux variations de la demande extérieure.
Reste désormais l’exécution de la promesse. Pour les entreprises, l’enjeu sera de transformer ces paiements en liquidités, en emplois préservés et en investissements relancés. Pour Libreville, l’opération constitue un test de crédibilité dans la gestion de ses engagements envers le secteur privé. En ciblant les PME et deux filières majeures de diversification, l’État entend faire du règlement d’une partie de sa dette intérieure un levier de reprise économique.
Sorelle Ninguem



