Le Cameroun prépare un nouveau tour de vis fiscal sur les produits du tabac. Réunis du 22 au 24 juillet 2026 à Mbankomo, les experts du ministère de la Santé publique (Minsanté) et du ministère des Finances (Minfi) ont étudié plusieurs scénarios de réforme de la fiscalité applicable aux cigarettes à l’aide du modèle de simulation TaXSIM. La mesure envisagée prévoit de porter progressivement la taxe spécifique de 5 000 FCFA à 15 000 FCFA pour 1 000 cigarettes entre 2027 et 2028. Les autorités poursuivent un double objectif : réduire la consommation de tabac et accroître les recettes publiques, tout en rapprochant le Cameroun des standards internationaux.
Les simulations montrent qu’un premier relèvement de la taxe à 10 000 FCFA pour 1 000 cigarettes dès 2027 entraînerait une diminution d’environ 47 000 fumeurs. Une seconde hausse à 15 000 FCFA en 2028 permettrait de porter cette baisse à près de 65 000 personnes. Selon le Minsanté, la pression fiscale sur les produits du tabac atteint actuellement 38,4 % du prix de vente, loin des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui préconise une taxation représentant au moins 70 % du prix final afin de limiter efficacement la consommation.
Cette réforme s’inscrit dans une politique de renforcement progressif de la fiscalité du tabac engagée depuis près de deux décennies. Après la réorganisation des droits d’accises par la loi de finances de 2006, le minimum de perception applicable aux cigarettes importées a été relevé de 3 500 FCFA à 5 000 FCFA pour 1 000 cigarettes en 2019. À partir de 2021, dans le cadre de l’harmonisation fiscale de la CEMAC, le taux des droits d’accises est passé de 25 % à 30 %, traduisant la volonté des pouvoirs publics d’accroître les recettes tout en limitant la consommation des produits du tabac.
Les organisations internationales estiment toutefois que ces avancées demeurent insuffisantes. Dans son rapport publié en mars 2024 sur la mobilisation des recettes fiscales pour le financement de la santé au Cameroun, l’OCDE souligne que la fiscalité nationale reste inférieure aux niveaux recommandés par l’OMS. L’organisation préconise un recours accru à une taxe spécifique, calculée sur le volume de cigarettes, plutôt qu’à une taxation ad valorem, jugée moins efficace pour décourager la consommation. Si elle est adoptée, la réforme permettrait au Cameroun de se rapprocher des meilleures pratiques internationales, tout en générant des ressources supplémentaires pour le financement des politiques publiques de santé.
Tressy Chouente



