Celestin Tawamba, President du GECAM.
Le ton était grave et le diagnostic sans concession. Devant les chefs d’entreprise réunis dans la capitale économique, Célestin Tawamba a dressé le portrait d’une économie qui peine à retrouver son élan. Pour le président du GECAM, les lenteurs administratives, la rareté des décisions structurantes et l’absence d’une impulsion politique suffisamment forte alimentent un climat d’incertitude qui fragilise les entreprises. Selon lui, les attentes suscitées par les récentes évolutions institutionnelles ne se sont pas traduites par des réformes capables de restaurer durablement la confiance des investisseurs. « On investit dans un pays qui décide et non dans un pays qui est à l’arrêt », a-t-il notamment lancé devant les membres du patronat.
Cette nouvelle sortie s’inscrit dans la continuité des multiples interpellations formulées ces derniers mois par la principale organisation patronale du Cameroun. Dès le début de l’année, le GECAM appelait déjà à la constitution d’un « gouvernement d’action », estimant que la relance de l’économie passait par une gouvernance plus efficace, des arbitrages plus rapides et une meilleure exécution des politiques publiques. L’organisation dénonçait alors les lourdeurs administratives, une pression fiscale jugée excessive, les insuffisances de l’offre énergétique, les difficultés d’accès au financement, mais également une instabilité réglementaire qui continue d’alimenter l’attentisme des investisseurs nationaux et étrangers.
Ces préoccupations trouvent un écho dans les principaux indicateurs macroéconomiques. Selon les dernières estimations, la croissance du Cameroun est revenue à 3,1 % en 2025, contre 3,5 % un an auparavant, confirmant un ralentissement progressif de l’activité économique. Si ce rythme demeure supérieur à la moyenne observée au sein de la CEMAC, il reste encore éloigné des niveaux nécessaires pour soutenir l’ambition d’émergence du pays à l’horizon 2035. Parallèlement, le recul continu de la production pétrolière accentue cette perte de dynamisme. Après une baisse de 9,7 % en 2024, le secteur des hydrocarbures a enregistré une nouvelle contraction de 6,9 % en 2025, renforçant le rôle du secteur non pétrolier comme principal moteur de la croissance nationale.
Au-delà de ces chiffres, le GECAM estime que les difficultés actuelles traduisent moins une conjoncture défavorable qu’un déficit de gouvernance économique. Pour les opérateurs privés, les retards dans la mise en œuvre des réformes, l’exécution laborieuse des grands projets et l’absence de visibilité sur certaines politiques publiques pèsent directement sur les décisions d’investissement. Cette situation intervient alors que le Cameroun ambitionne d’accélérer son industrialisation, de renforcer son attractivité auprès des capitaux privés et de consolider sa position de locomotive économique en Afrique centrale.
Malgré ce constat préoccupant, le patronat ne renonce pas à l’optimisme. Célestin Tawamba rappelle que le Cameroun dispose encore d’importants leviers de croissance, notamment une population jeune, un marché intérieur relativement dynamique, d’abondantes ressources naturelles, une position géographique stratégique ainsi qu’un tissu entrepreneurial qui a démontré sa résilience face aux crises successives. Pour le GECAM, ces atouts ne pourront toutefois produire pleinement leurs effets qu’à la faveur d’une accélération des réformes structurelles, d’un dialogue public-privé plus efficace et d’une gouvernance davantage tournée vers la décision, l’exécution et les résultats.



