Le secteur agricole exportateur de la zone Cemac traverse une zone de turbulence. D’après l’Indice composite des cours des produits de base (ICCPB) de la BEAC, les prix des matières agricoles ont poursuivi leur repli au premier trimestre 2026, prolongeant une tendance déjà engagée fin 2025 avec une baisse de 14,5 %. Le recul atteint désormais 21,8 %, un signal préoccupant pour les économies fortement dépendantes des matières premières agricoles.
En tête de cette contraction figure le cacao, principal produit d’exportation agricole de plusieurs pays de la sous-région, notamment le Cameroun. Les cours mondiaux de la fève ont chuté de 24,6 % sur la période, tandis que le café a reculé de 4,5 %. La BEAC ne détaille pas les facteurs internes à cette évolution, mais les analyses des marchés internationaux convergent vers un même constat : un rééquilibrage de l’offre mondiale.
Selon plusieurs observateurs du marché, la dynamique actuelle s’explique par les perspectives d’un retour à l’excédent sur la campagne 2025-2026, après plusieurs saisons déficitaires ayant soutenu les prix à des niveaux historiquement élevés. L’Organisation internationale du cacao (ICCO) anticipe en effet une amélioration progressive de l’offre mondiale, susceptible de détendre durablement les cours.
Cette évolution est notamment portée par la montée en puissance de nouveaux producteurs. L’Équateur, dont la production connaît une croissance rapide, pourrait supplanter le Ghana et devenir le deuxième producteur mondial de cacao, derrière la Côte d’Ivoire. Cette recomposition du marché mondial alimente les anticipations d’une offre plus abondante et exerce une pression directe sur les prix internationaux.
Dans ce contexte, les pays exportateurs de la Cemac se retrouvent en première ligne face à la volatilité des marchés agricoles. Pour des économies où les recettes en devises reposent en partie sur le cacao, le café ou d’autres cultures de rente, la baisse des cours réduit mécaniquement les revenus d’exportation et fragilise les équilibres extérieurs.
L’ICCPB de la BEAC rappelle que son indicateur couvre 20 produits de base représentant près de 90 % des exportations de la région. Il est structuré autour de cinq grands ensembles : énergie, métaux et minerais, produits forestiers, produits agricoles et produits de la pêche. Il constitue ainsi un outil central de lecture de la conjoncture extérieure des économies de la Cemac.
Au-delà des chiffres trimestriels, cette nouvelle correction des prix agricoles met en lumière une fragilité structurelle : la forte dépendance de la sous-région aux cycles des matières premières. Après un épisode de hausse des hydrocarbures, c’est désormais le secteur agricole qui rappelle la vulnérabilité d’un modèle d’exportation encore peu diversifié.
Dans un environnement mondial de plus en plus instable, la volatilité des cours du cacao et des autres produits agricoles continue donc de peser lourdement sur les perspectives de croissance et de stabilisation des économies de la Cemac.
Tressy Chouente.



