La dynamique des matières premières tourne à nouveau à l’avantage des économies de la Cemac. Après plusieurs trimestres marqués par des fluctuations baissières, l’Indice composite des cours des produits de base (ICCPB) publié par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) indique une progression de 0,7 % des prix à l’exportation entre janvier et mars 2026. Un redressement modéré mais significatif, qui rompt avec la tendance observée depuis le deuxième trimestre 2025.
Ce rebond est presque exclusivement porté par le secteur énergétique. Les produits pétroliers et gaziers affichent une hausse globale de 23 % sur la période, confirmant leur rôle central dans les économies de la sous-région. Le prix moyen du baril de pétrole est ainsi passé de 62,1 dollars au quatrième trimestre 2025 à 75,7 dollars au premier trimestre 2026, soit une progression de 22 %.
Selon la BEAC, cette envolée s’explique par un faisceau de facteurs internationaux. D’une part, l’intensification des tensions géopolitiques au Moyen-Orient a ravivé les inquiétudes sur la stabilité de l’offre mondiale. D’autre part, la stratégie de l’OPEP+, qui maintient des quotas de production restrictifs, a contribué à resserrer davantage le marché, malgré un ralentissement structurel de la demande asiatique.
Le gaz naturel suit une trajectoire similaire. Son prix a progressé de 23,2 % pour atteindre 10,31 dollars par million de British thermal units (mmbtu), après un recul de 3,9 % au trimestre précédent. Cette hausse est liée à un hiver particulièrement rigoureux en Europe, ayant accéléré la consommation et réduit les stocks stratégiques. Malgré une production américaine soutenue, la pression sur les réserves mondiales a entraîné une revalorisation rapide des prix.
Cette embellie énergétique masque toutefois une réalité plus contrastée. Les produits non énergétiques ont enregistré une baisse marquée de 15,4 % sur la même période, limitant l’impact global de la hausse. Les métaux, produits agricoles, forestiers et de la pêche ont subi un repli généralisé, traduisant un affaiblissement de la demande mondiale hors hydrocarbures.
Pour la BEAC, l’ICCPB constitue un indicateur clé de l’environnement extérieur des économies de la Cemac. Le panier de calcul couvre 20 produits de base représentant près de 90 % des exportations régionales. Il se structure autour de cinq catégories : énergie, métaux et minerais, produits forestiers, agricoles et halieutiques.
Au-delà de sa dimension statistique, cet indice joue un rôle stratégique dans l’analyse macroéconomique de la sous-région. Il permet d’anticiper les variations des recettes d’exportation, fortement dépendantes des hydrocarbures, et d’évaluer leur impact sur les équilibres budgétaires et extérieurs des États membres.
Dans un contexte où les économies de la Cemac restent largement exposées aux cycles des matières premières, la reprise des prix de l’énergie offre un répit conjoncturel. Mais la volatilité persistante des marchés mondiaux rappelle la fragilité structurelle d’un modèle encore fortement adossé aux ressources extractives.



