Brice Olingui Nguema, President de la Republique du Gabon.
Dans la zone CEMAC, le marché du crédit révèle des disparités profondes entre économies pourtant intégrées dans une même architecture monétaire. Le Gabon s’y distingue désormais comme l’environnement financier le plus coûteux, avec un taux effectif global (TEG) moyen de 21,06 % à fin 2025, selon les données consolidées de la BEAC.
Cet indicateur, qui mesure le coût réel du crédit, dépasse largement les niveaux observés chez les voisins. Le Cameroun affiche 8,38 %, le Congo 10,66 %, la Guinée équatoriale 11,9 %, tandis que la République centrafricaine se situe à 14,04 %. L’écart illustre une fragmentation persistante des conditions de financement au sein de l’union monétaire.
Le TEG intègre l’ensemble des charges supportées par l’emprunteur : intérêts nominaux, commissions, frais de dossier, assurances et divers coûts annexes. Au Gabon, ces frais représentent en moyenne 43,16 % du coût total du crédit, contre une moyenne régionale estimée à 31,75 %, confirmant le poids des charges additionnelles dans le coût final du financement.
La structure du marché gabonais accentue cette pression. Les particuliers sont les plus exposés, avec un TEG moyen de 26,32 % fin 2025, en nette hausse par rapport aux 18,98 % enregistrés un an plus tôt. Les grandes entreprises ne sont pas épargnées, avec un taux moyen de 26,39 %, tandis que les PME bénéficient de conditions relativement plus modérées, autour de 18,27 %.
Paradoxalement, cette hausse du coût du crédit intervient dans un contexte d’expansion de l’activité bancaire. Les établissements financiers ont distribué 548,9 milliards FCFA de nouveaux crédits au quatrième trimestre 2025, contre 402,6 milliards un an auparavant, soit une progression de 36,3 %.
Les entreprises concentrent l’essentiel de cette dynamique. Les financements accordés aux sociétés ont progressé de 71 %, atteignant 320,3 milliards FCFA. Les grandes entreprises captent 258,4 milliards, tandis que les PME mobilisent 61,9 milliards, révélant une asymétrie persistante dans l’accès aux ressources financières.
Autre caractéristique structurante : la domination écrasante du court terme. Près de 88 % des crédits octroyés ont une maturité inférieure à un an, contre seulement 1,6 % pour les financements à long terme. Cette configuration traduit une préférence marquée des banques pour les opérations de trésorerie, au détriment des investissements productifs structurants.
Dans ce paysage, la concentration du secteur bancaire renforce les déséquilibres. BGFIBank domine le marché avec 57,18 % des nouveaux crédits distribués, loin devant l’UGB, qui en détient 17,26 %. Cette concentration limite la concurrence et contribue à maintenir des niveaux de taux élevés.
Pour les analystes du secteur, plusieurs facteurs expliquent cette situation : perception élevée du risque, coût de refinancement, structure oligopolistique du marché et poids des charges opérationnelles. Le résultat est un environnement où le crédit reste disponible mais onéreux, freinant la transformation productive de l’économie.
À l’échelle régionale, cette situation pose une question centrale : celle de l’efficacité de l’intégration financière dans la CEMAC. Malgré une monnaie commune et des règles prudentielles harmonisées, les conditions de financement restent fortement différenciées, révélant les limites de la convergence bancaire.



