Éric Sounda nouveau directeur général de Gabon Oil Company (GOC), maison-mère de Gab’Oil.
La gouvernance de Gab’Oil illustre, une fois de plus, les tensions structurelles qui traversent le secteur public pétrolier gabonais. En deux ans, la société a enchaîné les rotations rapides de dirigeants : Louis Gaston Aubame (janvier–octobre 2024), François Owono Messie (trois mois avant suspension), Ernest Ndong Nguema (un mois), puis Patricia Ku-Kumbelvugu (16 mois). L’arrivée d’Éric Sounda s’inscrit donc dans une tentative de stabilisation d’un appareil managérial fragilisé par des crises successives.
Cette instabilité intervient alors que l’entreprise fait face à une situation financière tendue. Les engagements vis-à-vis de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) atteindraient environ 29 milliards de FCFA, tandis que les dettes envers la SOGARA continuent de peser lourdement sur la trésorerie. Dans un environnement où les marges sont structurellement faibles, ces passifs limitent fortement les capacités d’investissement et d’expansion.
Selon des données publiées par le quotidien public L’Union, Gab’Oil anticipait pour 2026 un chiffre d’affaires proche de 29 milliards de FCFA, pour une marge commerciale estimée à 2,7 milliards, en recul de près de 50 % par rapport à l’exercice précédent. Les charges d’exploitation et de personnel devraient dépasser ces performances, avec un déficit prévisionnel pouvant atteindre 7 milliards de FCFA, soit près de 90 % du capital social initial fixé à 11 milliards de FCFA.
Malgré ces indicateurs préoccupants, certains signaux laissent entrevoir un début de redressement. L’entreprise a clôturé l’exercice 2025 avec une perte nette estimée à 3 milliards de FCFA, contre 9 milliards un an plus tôt, soit une amélioration de 6 milliards de FCFA en glissement annuel. Cette évolution serait liée à une meilleure maîtrise des charges et à une progression des ventes sur certaines zones stratégiques du réseau national.
Sur le plan opérationnel, la nouvelle direction devra composer avec un programme d’expansion déjà engagé. Gab’Oil prévoit l’ouverture de sept nouvelles stations-service en 2026, notamment à Okondja, Makokou, Oyem, Bikélé, Moanda, Makongonio et Moabi. L’objectif affiché est de porter le réseau à une vingtaine d’unités afin de renforcer la couverture territoriale, dans un pays où les infrastructures énergétiques restent inégalement réparties.
Pour accompagner cette nouvelle phase, Éric Sounda sera épaulé par Dietrich Ndoutoume, nommé conseiller du directeur général, ainsi qu’Armelle Mbazoghe Ella, chargée d’études. Ce trio devra non seulement stabiliser la gouvernance interne, mais aussi restaurer la confiance des partenaires institutionnels et financiers, dans un secteur où les équilibres économiques demeurent fragiles.
Au-delà des chiffres, la situation de Gab’Oil met en lumière les défis structurels des entreprises publiques de distribution pétrolière en Afrique centrale : dépendance aux dettes croisées, faibles marges commerciales et forte exposition aux arbitrages politiques. La mission du nouveau directeur général s’annonce ainsi comme un exercice d’équilibre entre redressement financier et continuité du service public énergétique.



