L’économie tchadienne traverse une nouvelle zone de turbulence. Après plusieurs années portées par les revenus pétroliers, le pays voit désormais son commerce extérieur perdre progressivement de sa solidité. D’après les chiffres de l’INSEED, l’excédent de la balance commerciale s’est effondré de 54,2 % en 2025 pour s’établir à 273,9 milliards FCFA, son niveau le plus faible depuis au moins cinq ans. Cette dégradation marque une rupture brutale après le pic historique enregistré en 2022, lorsque le solde commercial avait dépassé 2 270 milliards FCFA.
Cette détérioration s’explique principalement par la baisse des exportations, largement dominées par les hydrocarbures. En 2025, les ventes extérieures du pays ont reculé de 14,9 %, passant de 1 493,6 milliards FCFA à 1 270,9 milliards FCFA. Le pétrole brut continue à représenter l’épine dorsale des recettes d’exportation avec plus de 1 080 milliards FCFA, soit environ 85 % des revenus générés à l’international. Derrière l’or noir, les autres produits exportés — bétail, or brut, coton, sésame ou fruits oléagineux — restent encore incapables de compenser la volatilité des marchés énergétiques mondiaux.
La situation révèle les limites du modèle économique tchadien, fortement dépendant des cours du brut. Depuis la baisse progressive des prix internationaux du pétrole et les incertitudes liées à la transition énergétique mondiale, plusieurs économies africaines exportatrices d’hydrocarbures font face à une pression croissante sur leurs finances extérieures. Pour N’Djamena, cette dépendance continue de réduire les marges budgétaires alors même que les besoins sociaux et infrastructurels demeurent élevés.
Parallèlement, les importations poursuivent leur progression à un rythme soutenu. Elles ont atteint 997,1 milliards FCFA en 2025, contre 862,3 milliards FCFA l’année précédente, soit une hausse de 15,6 %. Cette augmentation est alimentée par les achats de produits alimentaires transformés, de carburants, de produits pharmaceutiques et de matériaux destinés aux infrastructures. La farine de froment apparaît comme le premier produit importé, avec près de 79 milliards FCFA, devant les sucres raffinés et le gaz butane liquéfié.
Cette poussée des importations traduit à la fois les fragilités structurelles de l’économie tchadienne et les besoins croissants d’une population en forte expansion. Le pays reste dépendant de l’extérieur pour une large partie de sa consommation alimentaire, énergétique et industrielle. Dans un environnement marqué par l’inflation mondiale et les perturbations logistiques, cette dépendance accentue la vulnérabilité du commerce extérieur tchadien.
Face à cette situation, les autorités tchadiennes tentent d’accélérer la diversification économique à travers l’agriculture, l’élevage, les mines et les infrastructures. Mais les résultats restent encore limités au regard du poids du secteur pétrolier dans les recettes nationales. Pour plusieurs analystes, la réduction durable de cette dépendance nécessitera des investissements massifs dans la transformation locale, la production agricole et les chaînes logistiques régionales.



