De droite vers la gauche Lejeune Mbella Mbella Ministre des relations exterieurs et Dr Ahmadou Sardaouna, Directeur Général de la Société Immobilière du Cameroun (SIC).
Dans un contexte marqué par la recherche de nouvelles sources de financement du développement, Yaoundé mise désormais sur sa diaspora comme levier économique structurant. Le protocole signé entre Mbella Mbella, ministre des Relations extérieures, et Ahmadou Sardaouna, directeur général de la SIC, formalise un dispositif de mobilisation et de sécurisation des capitaux destinés à l’immobilier public et semi-public.
Le cœur du dispositif repose sur une articulation entre diplomatie et investissement. Les représentations diplomatiques camerounaises seront mobilisées pour promouvoir les projets immobiliers de la SIC à l’international, organiser des campagnes de présentation et installer des points focaux dédiés aux investisseurs issus de la diaspora. L’objectif affiché est de transformer les ambassades en relais commerciaux de la politique du logement.
Sur le plan opérationnel, la SIC prévoit la création d’un catalogue international de projets, adossé à une plateforme numérique sécurisée permettant aux investisseurs de souscrire à distance. Le dispositif introduit également des mécanismes financiers encadrés, notamment des comptes séquestres en devises et un décaissement progressif des fonds selon l’avancement des chantiers, afin de réduire les risques de litiges et de projets inachevés.
Cette architecture financière vise à répondre à un problème récurrent sur le marché immobilier camerounais : la faible confiance des investisseurs de la diaspora. Selon les autorités, les contentieux fonciers, les retards de livraison et l’absence de garanties solides ont longtemps freiné l’afflux de capitaux privés issus de la diaspora, pourtant estimés à des volumes importants chaque année.
À l’échelle macroéconomique, les transferts de fonds vers l’Afrique subsaharienne ont atteint environ 54 milliards de dollars en 2023 selon la Banque mondiale, tandis que les flux globaux de la diaspora africaine dépasseraient les 100 milliards de dollars, surpassant l’aide publique au développement et les investissements directs étrangers combinés. Dans ce contexte, le Cameroun cherche à capter une part plus structurée de ces flux.
Le déficit de logements constitue un facteur déterminant de cette stratégie. Estimé à plus d’un million d’unités par les autorités, il est alimenté par une urbanisation rapide et une croissance démographique soutenue dans les grandes villes comme Douala et Yaoundé. Pour l’État, l’implication de la diaspora permettrait d’accélérer la production de logements tout en diversifiant les sources de financement du secteur urbain.
Le lancement opérationnel du programme a été amorcé lors de la foire “MBOA Paris” le 23 mai 2026, première vitrine internationale de la SIC dans le cadre de cette initiative. D’autres campagnes sont annoncées d’ici la fin de l’année 2026 dans les principales zones de forte présence camerounaise à l’étranger, notamment en Europe et en Amérique du Nord.
Avec “Diaspora-SIC”, les autorités camerounaises entendent franchir un cap : transformer une diaspora historiquement perçue comme contributrice informelle en acteur structuré du financement du logement national, dans un contexte où les États africains multiplient les mécanismes innovants pour capter l’épargne extérieure et la canaliser vers des projets productifs.



