Dans un communiqué rendu public depuis son siège de Casablanca, Royal Air Maroc justifie ce recentrage par une conjonction de facteurs défavorables, au premier rang desquels la hausse persistante des cours mondiaux du carburant aviation. Le transporteur évoque également une baisse de la demande sur plusieurs axes africains et européens, contraignant la compagnie à une « adaptation immédiate et provisoire » de son programme de vols.
Cette réorganisation se traduit par l’interruption des dessertes reliant Casablanca à plusieurs capitales d’Afrique centrale, notamment Douala et Yaoundé au Cameroun, Libreville au Gabon, Brazzaville au Congo et Bangui en République centrafricaine. Au total, ce sont jusqu’à 22 à 26 fréquences hebdomadaires qui disparaissent du paysage aérien régional, représentant une capacité estimée à plus de 350 000 passagers par an.
Au-delà de l’Afrique centrale, la compagnie suspend également certaines liaisons moyen et long-courriers vers l’Europe, notamment au départ de Marrakech et Tanger, affectant des destinations comme Marseille, Lyon, Bordeaux ou encore plusieurs villes espagnoles. Cette réduction du réseau intervient dans un contexte où les compagnies aériennes mondiales continuent d’ajuster leurs capacités face à la volatilité du marché énergétique.
Dans la zone CEMAC, cette décision met en lumière la fragilité structurelle de l’offre aérienne locale. Les compagnies nationales, souvent limitées par des flottes réduites et des contraintes financières persistantes, peinent à absorber le trafic laissé vacant. Camair-Co au Cameroun ou encore Equatorial Congo Airlines en République du Congo restent largement cantonnées à des dessertes régionales, sans réelle capacité de relais intercontinental.
Dans ce contexte, les flux de passagers devraient être redirigés vers les grands hubs africains, notamment Addis-Abeba avec Ethiopian Airlines, Lomé avec ASKY Airlines ou Kigali avec RwandAir. Ces plateformes, mieux structurées, captent déjà une part croissante du trafic interafricain et international, accentuant la dépendance de l’Afrique centrale à des hubs extérieurs pour son désenclavement aérien.
Sur le plan économique, l’impact dépasse le simple transport de passagers. Le retrait de la RAM affecte également le fret aérien, notamment les flux de marchandises à haute valeur ajoutée comme les produits pharmaceutiques ou les colis express, essentiels pour les économies urbaines de la sous-région. La disparition de ces capacités pourrait entraîner une pression haussière sur les tarifs et une recomposition des chaînes logistiques régionales.
Acteur majeur de la connectivité Afrique–Europe–Amériques via son hub de Casablanca, Royal Air Maroc s’était imposée ces dernières années comme une alternative stratégique aux compagnies européennes pour les voyageurs d’Afrique centrale. Son retrait temporaire ouvre une période d’ajustement où les équilibres du transport aérien régional pourraient être redéfinis, dans un environnement marqué par la hausse des coûts et la concurrence accrue des hubs africains émergents.



