La Société de presse et d’éditions du Cameroun (Sopecam) signe son retour dans le vert, mais ses comptes révèlent encore d’importantes tensions financières. L’entreprise publique éditrice du quotidien Cameroon Tribune a enregistré un résultat net positif de 531,1 millions de FCFA en 2025, après une perte de 361 millions de FCFA en 2024. Cette amélioration de 892,1 millions de FCFA intervient dans un contexte de forte progression de l’activité, avec un chiffre d’affaires passé de 4,64 milliards à 7,89 milliards de FCFA, soit une hausse de 69,9 % en un an. Toutefois, derrière cette reprise commerciale, la Sopecam doit composer avec un niveau élevé de factures non encore encaissées.
À fin décembre 2025, les créances clients de la Sopecam atteignent 13,59 milliards de FCFA, contre 11,35 milliards un an auparavant, soit une progression de 19,7 % représentant une hausse de 2,24 milliards de FCFA. Ces sommes correspondent aux prestations déjà facturées mais dont les règlements n’étaient pas encore perçus à la clôture de l’exercice. Leur niveau représente environ 1,72 fois le chiffre d’affaires annuel de l’entreprise. Les comptes financiers classent ces montants parmi les actifs circulants et n’enregistrent aucune dépréciation, ce qui signifie que la Sopecam ne considère pas, à ce stade, qu’une perte probable doit être constatée sur ces créances. Toutefois, leur volume traduit un important décalage entre les revenus comptabilisés et les liquidités réellement disponibles.
Cette situation pèse directement sur le besoin de financement de l’exploitation. Celui-ci est passé de 3,46 milliards de FCFA en 2024 à près de 5 milliards de FCFA en 2025, soit une augmentation de 44,6 %. Sur le papier, l’entreprise dispose pourtant d’une capacité d’autofinancement de 1,41 milliard de FCFA, correspondant aux ressources potentielles générées par son activité. Mais les opérations courantes ont consommé 135,8 millions de FCFA de trésorerie en 2025, alors qu’elles avaient généré 262,4 millions en 2024. Cette évolution s’explique notamment par l’accroissement des créances clients et des stocks qui immobilisent une partie des ressources financières.
Les investissements ont également contribué à la contraction de la trésorerie. La Sopecam a consacré 312,3 millions de FCFA à ses investissements au cours de l’exercice, entraînant une diminution globale de sa trésorerie de 448,2 millions de FCFA. Sa trésorerie nette est ainsi passée de -44,5 millions de FCFA en 2024 à -492,6 millions de FCFA en 2025. Les disponibilités en banque et en caisse ont reculé de 21,2 %, pour atteindre 245,8 millions de FCFA, tandis que les découverts et concours bancaires de court terme ont progressé pour atteindre 738,5 millions de FCFA, contre un niveau inférieur l’année précédente.
En parallèle, les engagements financiers à court terme de l’entreprise publique se sont alourdis. Les dettes fournisseurs atteignent 8,09 milliards de FCFA, en hausse de 9,8 % sur un an, un montant supérieur au chiffre d’affaires annuel de 7,89 milliards de FCFA. Les dettes fiscales et sociales progressent davantage, passant de 1,89 milliard en 2024 à 2,79 milliards de FCFA en 2025, soit une hausse de 47,7 %. Dans le détail, les dettes sociales s’élèvent à 1,75 milliard de FCFA, dont 988,8 millions dus à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), tandis que les dettes fiscales atteignent 1,04 milliard de FCFA, contre 534,4 millions un an plus tôt. Au total, les dettes courantes de la Sopecam s’établissent à 10,98 milliards de FCFA, en progression de 17,7 %, représentant près de 1,4 fois son chiffre d’affaires annuel.
Le redressement de la société repose principalement sur la forte progression des prestations de services. Cette activité a généré 7,81 milliards de FCFA en 2025, contre 4,64 milliards en 2024, soit une croissance de 68,4 %. Les travaux et services représentent désormais près de 99 % du chiffre d’affaires de la Sopecam. À l’inverse, les ventes de produits fabriqués, incluant notamment les publications physiques, n’ont généré que 78,9 millions de FCFA. Les comptes ne détaillent toutefois pas précisément l’origine des nouveaux revenus enregistrés, qui représentent 3,17 milliards de FCFA supplémentaires sur un an.
Cette progression intervient alors que la subvention de fonctionnement accordée à l’entreprise a diminué, passant de 1,16 milliard de FCFA en 2024 à 800 millions de FCFA en 2025, soit une baisse de 31,3 %. Malgré ce recul du soutien public, les performances opérationnelles se sont améliorées : l’excédent brut d’exploitation est passé de -173 millions de FCFA à 1,59 milliard de FCFA, tandis que le résultat d’exploitation est remonté de -242,7 millions à +719,9 millions de FCFA.
La Sopecam affiche donc un visage contrasté en 2025 : une activité commerciale en forte croissance, un retour aux bénéfices et une meilleure performance opérationnelle, mais une trésorerie fragilisée par des créances clients importantes et un niveau élevé d’endettement courant. Le principal défi pour l’entreprise dirigée par Marie-Claire Nnana sera désormais d’accélérer le recouvrement de ses factures afin de transformer cette croissance comptable en ressources financières disponibles. Le cabinet GAP Consult, chargé de l’examen limité des comptes, indique n’avoir relevé aucun élément remettant en cause leur régularité et leur sincérité, tout en précisant que ses travaux « ne constituent pas un audit ».
Amélie Yandal



