Dans les salles de marché de Douala, les ordres s’accumulent sans toujours trouver de contrepartie. La BVMAC, marché unifié des pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), peine à atteindre une vitesse de croisière suffisante pour garantir des échanges réguliers. Les dernières données disponibles évoquent plus de 2 300 titres en attente d’acheteurs, principalement concentrés sur quelques valeurs phares du compartiment actions.
Ce déséquilibre structurel touche des entreprises emblématiques de la région. Parmi elles, SOCAPALM, acteur majeur de l’huile de palme, mais aussi BGFI Bank et La Régionale Bank, toutes confrontées à une faible rotation de leurs titres. Dans plusieurs cas, les investisseurs institutionnels comme les particuliers hésitent à se positionner, faute de visibilité suffisante ou de profondeur de carnet d’ordres.
Cette illiquidité chronique s’explique par plusieurs facteurs structurels. Le premier tient à la taille réduite du marché financier régional, encore peu intégré dans les stratégies de financement des entreprises. À cela s’ajoute une culture boursière limitée dans la zone Cemac, où l’épargne reste majoritairement orientée vers les dépôts bancaires ou l’immobilier, au détriment des placements en actions.
La capitalisation de la BVMAC demeure ainsi modeste comparée à d’autres places africaines, et les volumes échangés restent faibles en valeur comme en fréquence. Selon les analyses de plusieurs intermédiaires financiers, la rotation quotidienne des titres reste insuffisante pour assurer une véritable liquidité de marché, ce qui décourage de nouveaux investisseurs et limite les introductions en bourse.
Dans ce contexte, les entreprises cotées peinent à tirer pleinement profit de leur présence sur le marché boursier. L’absence d’acheteurs réguliers sur certaines lignes accentue la volatilité ponctuelle des prix et réduit l’attractivité globale de la place financière. Pour les gestionnaires de portefeuille, le risque d’illiquidité constitue un frein majeur à l’investissement dans la région.
Pour les autorités monétaires de la Cemac, la question de la dynamisation de la BVMAC reste centrale. La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et les régulateurs financiers multiplient les initiatives visant à encourager les émissions de titres et à élargir la base d’investisseurs. L’objectif affiché est de transformer la BVMAC en véritable levier de financement des économies régionales.
Mais malgré ces efforts, le marché reste confronté à une réalité persistante : une offre de titres relativement concentrée face à une demande insuffisamment structurée. Tant que cet écart ne sera pas résorbé, les actions de grandes entreprises régionales continueront de chercher preneur dans un marché encore en quête de maturité.



