Abakal Mahamad, ADG de BGFIBank Cameroun et Nathalie Moudiki, representante du DG de la SNH.
Dans l’enceinte feutrée du siège de la SNH à Yaoundé, l’atmosphère était à la fois solennelle et stratégique ce 5 mai 2026. Autour de la table, responsables bancaires, dirigeants d’entreprises publiques et partenaires techniques se retrouvent pour matérialiser une étape décisive d’un projet énergétique structurant. Les échanges, discrets mais déterminés, traduisent l’importance de l’enjeu : sécuriser le financement d’une raffinerie appelée à transformer durablement le paysage énergétique camerounais.
La signature de la convention entre Adolphe Moudiki, administrateur-directeur général de la SNH, et Abakal Mahamat, directeur général de BGFIBank Cameroun, consacre l’aboutissement d’un processus engagé six mois plus tôt. À travers cette opération, la banque a mobilisé un pool financier réunissant Afriland First Bank, CCA-Bank, SCB Cameroun et la BICEC, confirmant l’adhésion du secteur bancaire local à ce projet industriel d’envergure.
Ce financement constitue la contribution directe de la SNH à la construction de la raffinerie CSTAR, aux côtés du partenaire stratégique Ariana Energy. Le projet s’inscrit dans une dynamique plus large d’industrialisation, avec pour objectif de valoriser localement les ressources pétrolières et de réduire la dépendance aux importations de carburants. À terme, la raffinerie devrait produire environ 1,8 million de tonnes métriques par an, soit une part significative de la consommation nationale.
Sur le plan macroéconomique, les projections mettent en évidence des retombées substantielles. La réduction des importations de produits pétroliers est estimée à près de 750 millions de dollars par an, soit environ 435 milliards FCFA, représentant près de 30 % des besoins du pays. À cela s’ajoutent des perspectives d’exportation de carburant marin évaluées à 250 millions de dollars annuels, ainsi que des économies en devises pouvant dépasser 580 milliards FCFA. Dans un contexte marqué par la pression sur les réserves de change, ces chiffres confèrent au projet une dimension stratégique majeure.
D’un point de vue industriel, la raffinerie CSTAR adopte un modèle modulaire avec une montée en puissance progressive. Une première phase prévoit une production de 10 000 barils par jour dès décembre 2026, avant d’atteindre une capacité de 30 000 barils quotidiens à l’horizon 2028. Ce schéma permet de sécuriser les investissements tout en accompagnant la montée en charge des infrastructures.
Au-delà des chiffres, l’initiative illustre également une évolution dans la structuration du financement des grands projets au Cameroun. Le recours à un consortium bancaire local traduit une volonté de renforcer les capacités internes de mobilisation de capitaux, tout en réduisant la dépendance aux financements extérieurs. La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a d’ailleurs exprimé son intérêt pour accompagner cette dynamique, soulignant l’importance du projet dans la stabilisation des équilibres monétaires régionaux.
En parallèle, d’autres composantes du projet avancent, notamment la construction du dépôt de stockage (tank farm), entièrement financée sur fonds propres par la SNH. L’ensemble dessine une chaîne de valeur intégrée, depuis le stockage jusqu’au raffinage, renforçant la souveraineté énergétique du pays.
Alors que les premières phases opérationnelles se profilent, les attentes sont élevées. En plus de son impact sur les importations et les devises, le projet devrait générer environ 5 000 emplois durant la phase de construction et près de 200 postes permanents à l’exploitation. Une contribution significative dans un contexte où l’industrialisation demeure un levier central de la politique économique camerounaise.
Avec cette mobilisation financière, la raffinerie CSTAR franchit un cap décisif. Reste désormais à transformer cette avancée en réalisation concrète, dans un environnement où les enjeux énergétiques, industriels et financiers s’entrecroisent étroitement.



