Dans un contexte de transformation accélérée du secteur financier camerounais, Campost franchit une nouvelle étape stratégique en s’engageant dans le déploiement massif de solutions de paiement électronique. L’entreprise publique, historiquement centrée sur les services postaux, accélère ainsi sa transition vers une plateforme hybride intégrant services financiers, logistique et numérique.
L’appel d’offres publié sous la supervision de l’Agence de régulation des marchés publics prévoit la fourniture de 400 terminaux de paiement électronique fonctionnant sous Android, intégrant une application de paiement embarquée. Le marché est estimé à 140 millions FCFA TTC et sera financé sur fonds propres de Campost, dans le cadre de l’exercice budgétaire 2026. Les offres devront être déposées au plus tard le 8 juin 2026 à 13 heures, avec ouverture des plis programmée le même jour à 14 heures.
Selon les spécifications techniques, les prestataires devront non seulement fournir les équipements, mais également assurer leur mise en service complète ainsi que l’intégration au système monétique existant, notamment le switch MX Payment. Le cahier des charges impose une expertise avérée dans le déploiement de solutions de paiement électronique, y compris à l’international, ainsi qu’une capacité financière minimale de 42 millions FCFA, soit 30 % du montant global du marché. Le délai d’exécution est fixé à cinq mois après notification de l’ordre de service, avec livraison prévue à la direction générale de Campost à Yaoundé, bien que les équipements soient destinés à être déployés sur l’ensemble du territoire national.
Cette initiative intervient dans un environnement fortement concurrentiel. Au Cameroun, le marché des paiements électroniques est largement dominé par les établissements bancaires classiques et les opérateurs de mobile money, dont l’expansion a profondément modifié les habitudes de consommation financière. Selon les données de l’Agence de régulation des télécommunications et de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), les transactions numériques ont connu une croissance annuelle à deux chiffres au cours des dernières années, illustrant l’essor des paiements dématérialisés dans les usages quotidiens.
Pour Campost, l’enjeu dépasse la simple modernisation technique. Il s’agit de valoriser son réseau national dense, notamment ses agences implantées jusque dans les zones rurales, afin de jouer un rôle plus structurant dans l’inclusion financière. L’entreprise entend ainsi capitaliser sur sa présence territoriale pour offrir des services financiers de proximité, dans un pays où une partie importante de la population reste encore sous-bancarisée, selon les statistiques de la Banque mondiale et de l’Institut national de la statistique du Cameroun.
Le projet des 400 terminaux s’inscrit par ailleurs dans une stratégie plus large de transformation. Campost prévoit, à l’horizon 2026, la mise en place d’un réseau national de monétique comprenant l’installation de 20 guichets automatiques bancaires répartis dans les dix régions du pays, conformément aux orientations des autorités du secteur des postes et télécommunications. Cette ambition vise à renforcer l’accessibilité des services financiers et à accompagner la digitalisation progressive de l’économie nationale.
Toutefois, les experts du secteur rappellent que la réussite de cette modernisation dépendra de plusieurs facteurs clés : interopérabilité des systèmes, fiabilité des infrastructures, sécurité des transactions et appropriation par les usagers. Dans un environnement où les usages numériques évoluent rapidement, la capacité d’exécution et la qualité de service seront déterminantes pour transformer cette initiative en véritable levier de compétitivité.
En lançant ce marché, Campost confirme ainsi sa volonté de repositionnement stratégique. Au-delà de l’équipement, c’est une nouvelle architecture de services financiers postaux qui se dessine, avec l’ambition de faire de l’entreprise un acteur plus visible et plus compétitif dans l’écosystème numérique camerounais.



