Le marché camerounais du poisson importé connaît une flambée inédite. Selon les chiffres de l’INS, le volume de poissons congelés importés a bondi à 267 259 tonnes en 2025, contre 207 092 tonnes un an plus tôt, soit une hausse de plus de 60 000 tonnes. Cette explosion de la demande, qui s’accompagne d’un surcoût financier de 63,5 milliards FCFA, reflète la difficulté persistante de la production locale à satisfaire les besoins des consommateurs, estimés entre 480 000 et 500 000 tonnes annuelles.
Les données semestrielles du ministère des Finances (Minfi) avaient déjà annoncé cette tendance avec une progression de 45,5 % de la valeur des importations à fin juin, portée essentiellement par un effet volume de 27,3 %. La consommation intérieure reste donc le moteur principal de cette dépendance aux produits importés, malgré des efforts notables de développement national.
Sur le terrain, la production locale enregistre des résultats encourageants. Selon le ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (Minepia), l’offre nationale a atteint 197 842 tonnes à fin septembre 2025, en hausse de 5 % par rapport à 2024. La pêche de capture représente toujours la majeure partie de cette production avec 184 656 tonnes, tandis que l’aquaculture connaît le taux de croissance le plus élevé, progressant de 22 % pour atteindre 13 186 tonnes. Ces performances, bien que positives, restent insuffisantes pour réduire la dépendance structurelle du pays au marché international.
Au cours des cinq dernières années, la facture cumulative des importations de poisson dépasse 760 milliards FCFA pour plus d’un million de tonnes, soulignant l’ampleur du déficit structurel. Face à cette situation, le gouvernement multiplie les initiatives d’import-substitution. Le Minepia encourage le développement de fermes piscicoles avec des cages flottantes et des bacs hors sol, la modernisation des équipements et la construction de marchés dédiés à la conservation et à la vente du poisson.
Ces mesures visent à renforcer la production locale, réduire la dépendance aux importations et contenir l’augmentation des dépenses liées au commerce extérieur. Cependant, le chemin reste long : la demande interne continue de croître rapidement et la transformation structurelle du secteur exige des investissements massifs et une meilleure coordination des acteurs publics et privés.
Les chiffres 2025 rappellent ainsi que le marché du poisson au Cameroun est à un tournant stratégique, oscillant entre croissance de la production nationale et pression constante des importations. La réussite des politiques d’import-substitution sera déterminante pour équilibrer l’offre et réduire la facture extérieure dans les années à venir.



