Dans les zones cacaoyères du Centre, du Sud-Ouest et de l’Est du Cameroun, la légère embellie observée sur les marchés du cacao redonne momentanément le sourire à de nombreux producteurs. Depuis plusieurs jours, les prix bord champ repartent à la hausse, franchissant à nouveau le seuil symbolique de 1 500 FCFA le kilogramme à quelques semaines de la fin officielle de la campagne 2025-2026.
Selon les dernières données publiées le 6 mai 2026 par le Système d’information des filières de l’Office national du cacao et du café, les fèves de cacao se vendent actuellement entre 1 550 et 1 650 FCFA le kilogramme dans plusieurs bassins de production. Cette évolution contraste avec les niveaux enregistrés ces dernières semaines, où les prix oscillaient plutôt autour de 1 300 FCFA. Pour de nombreux acteurs de la filière, cette remontée reste toutefois insuffisante pour compenser la forte correction subie depuis le début de la campagne.
Car malgré cette amélioration récente, les prix pratiqués au Cameroun demeurent encore très éloignés des records historiques observés au cours des deux précédentes campagnes. Durant la saison 2024-2025, le kilogramme de cacao avait atteint jusqu’à 5 400 FCFA dans certaines localités, après des pics exceptionnels proches de 6 000 FCFA pendant la campagne 2023-2024. Une envolée des cours qui avait alors suscité un regain d’optimisme chez les producteurs et renforcé les recettes d’exportation du pays.
Au moment du lancement de la campagne 2025-2026, les autorités camerounaises avaient d’ailleurs misé sur le maintien de niveaux élevés, avec des projections de prix comprises entre 3 200 et 5 400 FCFA le kilogramme. Mais l’évolution du marché international s’est révélée moins favorable qu’anticipé. Depuis plusieurs mois, les cours mondiaux du cacao subissent des mouvements de correction liés aux perspectives d’amélioration de l’offre mondiale.
Selon les analystes spécialisés dans les matières premières agricoles, cette pression baissière s’explique principalement par les prévisions de reprise de la production mondiale après plusieurs campagnes marquées par des déficits importants. L’Organisation internationale du cacao (ICCO) anticipe en effet une hausse de l’offre mondiale pour la campagne 2025-2026 grâce à l’amélioration attendue des récoltes dans plusieurs grands pays producteurs, notamment la Côte d’Ivoire et le Ghana qui concentrent à eux seuls plus de 60 % de la production mondiale.
Cette perspective d’excédent mondial continue d’influencer les marchés internationaux et pèse mécaniquement sur les prix servis aux producteurs africains. Au Cameroun, où le cacao représente l’une des principales cultures de rente, les fluctuations des cours internationaux ont des conséquences directes sur les revenus de centaines de milliers de ménages ruraux. Selon les données du ministère de l’Agriculture, le pays produit en moyenne entre 280 000 et 300 000 tonnes de cacao par an, ce qui en fait l’un des principaux producteurs du continent africain.
Dans les coopératives agricoles et les circuits de commercialisation, plusieurs opérateurs espèrent néanmoins une stabilisation progressive des prix avant la fin de la campagne prévue le 15 juillet prochain. Certains exportateurs estiment que la demande mondiale reste soutenue malgré les ajustements actuels du marché, notamment en Europe et en Asie où la consommation de chocolat continue de progresser.
Pour les producteurs camerounais, cette remontée au-dessus de 1 500 FCFA apparaît surtout comme un signal encourageant après plusieurs mois de forte volatilité. Mais dans un marché devenu extrêmement sensible aux équilibres mondiaux de production, l’évolution des prix au cours des prochaines semaines dépendra largement des nouvelles prévisions climatiques et des volumes attendus chez les grands producteurs internationaux.



