Le ministre camerounais des Finances, Louis Paul Motaze, et le ministre délégué français chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, Nicolas Forissier.
Dans les salons de la capitale camerounaise, l’entretien entre les délégations française et camerounaise a mis en lumière une problématique persistante : le règlement tardif des créances dues aux entreprises françaises intervenant pour le compte de l’État. Selon Nicolas Forissier, ces retards fragilisent la confiance des investisseurs et nuisent à la lisibilité de l’environnement économique. « Il s’agit d’un sujet crucial, qui doit être résolu pour attirer de nouvelles entreprises et bâtir des partenariats durables », a-t-il souligné.
Côté camerounais, la question n’est pas nouvelle. Dans le secteur des travaux publics, plusieurs dizaines de milliards de FCFA restent dus à des sociétés françaises engagées sur des projets urbains et interurbains. Ces arriérés alimentent l’inquiétude des opérateurs, dans un contexte où le pays a d’importants besoins d’investissement dans les infrastructures, l’agro-industrie et les services.
Pour Paris, la solution dépasse le simple règlement des dettes publiques. Le ministre français plaide pour un cadre d’affaires plus prévisible et transparent, soutenu par une coopération technique renforcée sur la performance comptable et la gestion administrative, afin de réduire les délais de paiement. « La France est prête à mettre son expertise au service du Cameroun pour améliorer l’environnement économique et faciliter l’implantation de nouvelles entreprises », a ajouté Nicolas Forissier.
Il a également pointé d’autres fragilités dans l’environnement d’investissement camerounais, évoquant la nécessité de règles fiscales et réglementaires plus claires, ainsi qu’une meilleure sécurité juridique. Ces réformes sont jugées essentielles pour créer un climat propice aux investissements à long terme.
Les chiffres confirment le rôle stratégique de la France pour le Cameroun. Selon le gouvernement français, les échanges bilatéraux ont atteint près de 1 000 milliards de FCFA en 2023, soit environ 1,5 milliard d’euros, en recul de 9 % par rapport à 2022 mais en hausse de 57 % depuis 2015. Les exportations françaises vers le Cameroun ont totalisé 376 milliards de FCFA (-11 %), tandis que les importations camerounaises ont atteint 602 milliards de FCFA (-9 %). La balance commerciale demeure favorable au Cameroun.
La France occupe la 6ᵉ place parmi les partenaires commerciaux du Cameroun et compte plus de 200 entreprises installées sur le territoire, générant plus de 20 000 emplois. Dans ce contexte, la régularisation des créances publiques et la sécurisation administrative sont perçues comme des leviers clés pour renforcer la confiance et stimuler de nouveaux investissements.
Pour Yaoundé, l’enjeu est clair : transformer la coopération bilatérale en projets concrets, soutenir la croissance et encourager des partenariats stratégiques durables, tout en améliorant la lisibilité et la prévisibilité de l’environnement des affaires afin d’attirer de nouveaux acteurs économiques.



