Baba Ahmadou Danpullo, homme d’affaires camerounais.
Au Cameroun, le secteur aérien s’apprête à accueillir un nouvel acteur privé d’envergure avec le lancement du projet Danpullo Air Line, porté par l’homme d’affaires Baba Ahmadou Danpullo. L’initiative, estimée à environ 500 milliards de FCFA, ambitionne de transformer en profondeur la connectivité interne du pays et de positionner le Cameroun comme plateforme aérienne régionale en Afrique centrale.
Le projet repose sur une architecture ambitieuse : la création d’une compagnie aérienne privée et la construction de deux aéroports dédiés à Yaoundé et Douala. Selon les informations disponibles, les travaux de l’infrastructure de la capitale politique devraient débuter en septembre 2026, avec une entrée en service progressive envisagée à l’horizon 2030. Le montage financier associerait des capitaux propres de l’investisseur principal, des partenaires privés et des financements bancaires internationaux.
L’ampleur du projet est d’autant plus remarquable qu’elle représente un engagement financier équivalent à la quasi-totalité de la fortune personnelle de Danpullo, estimée à environ 547 milliards de FCFA selon Forbes Afrique. L’homme d’affaires mobiliserait ainsi l’essentiel de son patrimoine accumulé dans les secteurs de l’immobilier, des télécommunications, de l’agriculture et du transport pour soutenir ce pari industriel.
Dans sa conception, Danpullo Air Line vise d’abord à structurer un réseau domestique couvrant les dix régions du Cameroun, un marché encore largement sous-exploité en matière de transport aérien intérieur. Dans un second temps, le projet ambitionne d’étendre ses lignes vers les principales capitales de la zone CEMAC, incluant Libreville, Brazzaville, Bangui, N’Djamena et Malabo, avec l’objectif de positionner Yaoundé et Douala comme hubs régionaux.
Cette initiative intervient dans un contexte marqué par les difficultés persistantes du transporteur national Camair-Co. La compagnie publique, confrontée à un vieillissement de sa flotte estimée à près de 20 ans en moyenne, a dû recourir à des locations d’appareils pour maintenir son activité, illustrant les fragilités structurelles du transport aérien camerounais.
C’est dans ce vide opérationnel que s’inscrit le projet de Danpullo, qui ambitionne de combiner aviation commerciale et infrastructures aéroportuaires privées. Toutefois, cette stratégie soulève plusieurs défis techniques et réglementaires, notamment en matière d’autorisations, de normes de sécurité et d’acquisition foncière pour les infrastructures aéroportuaires. Les délais annoncés, notamment quatre années pour la construction des aéroports, sont jugés particulièrement ambitieux par plusieurs observateurs du secteur.
Le projet devra également évoluer dans un environnement concurrentiel dominé par des compagnies internationales telles qu’Air France, Brussels Airlines ou Turkish Airlines, déjà solidement implantées sur les liaisons vers et depuis le Cameroun. L’intégration d’un nouvel acteur privé d’envergure locale pourrait ainsi redistribuer les équilibres du marché aérien national et régional.
La trajectoire de Baba Ahmadou Danpullo est marquée par une ascension économique rapide, débutée dans les années 1970. Parti de petites activités commerciales et du transport routier, il a progressivement constitué un empire diversifié, s’étendant de l’immobilier aux télécommunications, en passant par l’agro-industrie et la logistique. Il figure aujourd’hui parmi les fortunes les plus importantes de l’Afrique francophone subsaharienne.
Son parcours n’est toutefois pas exempt de controverses. Ces dernières années, plusieurs litiges internationaux et contentieux financiers ont impliqué des actifs liés à son groupe, notamment en Afrique australe, alimentant des débats sur la solidité et la gouvernance de certaines de ses structures d’investissement. Ces épisodes ajoutent une dimension d’incertitude autour de la capacité de mise en œuvre d’un projet d’une telle ampleur.
Dans un pays où les infrastructures de transport restent un défi majeur de développement, Danpullo Air Line apparaît comme un projet à fort impact potentiel mais également à haut risque. Entre ambition de souveraineté aérienne et contraintes opérationnelles, le projet cristallise autant d’attentes que d’interrogations sur la capacité du secteur privé à suppléer les limites du transport aérien public.



