Pr James Mouangue Kobila, president de la CDHC,
Plus de quarante ans après le soulèvement des élèves de Soweto, devenu symbole mondial de la lutte pour les droits des enfants, la Journée de l’Enfant Africain rappelle chaque 16 juin l’ampleur des défis encore à relever sur le continent. En 2026, le thème choisi par l’Union africaine — « Garantir l’accès universel à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène pour chaque enfant en Afrique » — met en lumière une réalité persistante : des millions d’enfants restent privés de services essentiels.
Au Cameroun, la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) dresse un constat préoccupant. Malgré les politiques publiques engagées ces dernières années, l’accès à l’eau potable demeure inégal et insuffisant. Selon les données relayées par la Commission, près de 30 % de la population ne dispose toujours pas d’un accès adéquat à l’eau potable, un facteur qui impacte directement la santé et les conditions de vie des enfants.
Les disparités entre zones urbaines et rurales accentuent cette vulnérabilité. Le taux d’accès à l’eau potable atteint environ 82 % en milieu urbain, contre 52 % en milieu rural. En matière d’assainissement, la situation est encore plus critique, avec un taux national estimé à 43 %, dont 58 % en ville contre seulement 22 % en zone rurale. Pour la CDHC, ces écarts traduisent une urgence structurelle : accélérer les investissements pour garantir l’égalité d’accès aux services de base.
L’institution salue néanmoins certaines avancées, notamment la Politique nationale de l’eau adoptée en 2019 et opérationnalisée en 2025, ainsi que la tenue de la Table ronde du Compact national Eau 2026-2030 avec l’appui de partenaires internationaux tels que la Banque mondiale, l’Union européenne et la Société financière internationale (IFC). Ces initiatives témoignent d’une volonté de renforcer la gouvernance et l’efficacité du secteur de l’eau.
Mais au-delà des enjeux liés à l’eau et à l’assainissement, la CDHC alerte sur un autre phénomène jugé tout aussi préoccupant : la montée des violences faites aux enfants. L’institution condamne fermement les infanticides, les mutilations génitales féminines, les violences intrafamiliales et toutes les formes d’abus physiques ou psychologiques, qu’elle qualifie de violations graves des droits fondamentaux de l’enfant.
Face à cette situation, la Commission appelle à une réponse judiciaire plus rigoureuse. Elle exige l’accélération des procédures, l’application stricte des textes en vigueur et des sanctions exemplaires à l’encontre des auteurs de violences. Elle insiste également sur la nécessité de renforcer les dispositifs d’alerte et de protection, notamment à travers la ligne verte 1523 de la CDHC et le numéro 116 du ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille.
Pour le Pr James Mouangue Kobila, la Journée de l’Enfant Africain doit être un moment de responsabilité collective. « Chaque goutte d’eau non distribuée, chaque école sans assainissement, chaque violence subie par un enfant est une défaillance de notre société », rappelle-t-il, appelant à une mobilisation de tous les acteurs.
À travers cette prise de position, la CDHC réaffirme son rôle de vigie des droits humains et exhorte l’État, les collectivités, les partenaires au développement et les citoyens à faire de la protection de l’enfance une priorité nationale. Derrière les chiffres et les statistiques, ce sont des millions d’enfants dont l’avenir dépend encore de la capacité collective à garantir leurs droits fondamentaux.



