Dans une économie mondiale où la donnée s’impose comme un actif critique au même titre que l’énergie, le Cameroun accélère la consolidation de ses capacités d’hébergement local. Le centre de Zamengoé, situé en périphérie de Yaoundé, incarne cette montée en gamme. Il constitue aujourd’hui l’une des principales plateformes de traitement et de stockage de données en Afrique centrale.
Doté d’architectures redondantes et de systèmes de sécurité avancés, le site affiche une capacité de 2 000 térabits. Sa certification Tier III garantit une haute disponibilité, condition essentielle pour les administrations publiques et les opérateurs privés dont les activités reposent désormais sur des systèmes numériques continus.
Au-delà de la performance technique, l’enjeu est économique. La mise en service de Zamengoé répond à une logique de réduction de la dépendance aux infrastructures étrangères, longtemps utilisées pour l’hébergement des données camerounaises. Cette externalisation exposait l’État et les entreprises à des coûts élevés, mais aussi à des risques liés à la cybersécurité et à la maîtrise juridique des informations sensibles.
Désormais, plus d’une centaine d’organisations publiques et privées utilisent cette infrastructure. Pour les entreprises, la localisation des données améliore les délais de traitement, réduit les coûts de transfert et renforce la conformité aux nouvelles normes de protection des données personnelles. Elle constitue également un facteur de confiance pour les investisseurs dans un environnement numérique en structuration rapide.
Dans le secteur privé, cette évolution soutient l’émergence d’écosystèmes digitaux plus compétitifs. Fintechs, plateformes de services, e-administration et solutions cloud bénéficient d’un socle technique local, indispensable à la montée en puissance de l’économie numérique camerounaise.
Sur le plan stratégique, le data center de Zamengoé dépasse le cadre sectoriel des télécommunications. Il s’inscrit dans une logique de souveraineté économique, en permettant à l’État de reprendre le contrôle d’un actif devenu central dans le fonctionnement des administrations et la continuité des services publics.
Le site, qui abritait déjà depuis 1975 le premier centre satellitaire du pays, symbolise cette continuité technologique. Modernisé, il combine aujourd’hui services cloud, hébergement sécurisé et solutions de connectivité, avec la certification ISO 27001 comme garantie de conformité internationale en matière de sécurité de l’information.
À l’échelle de l’Afrique centrale, cette infrastructure positionne le Cameroun comme un hub potentiel de l’hébergement de données. Dans une région où les besoins en infrastructures numériques sécurisées explosent, Zamengoé constitue un levier d’intégration digitale et de réduction de la dépendance aux serveurs extra-africains.
Pour les économies de la CEMAC, l’enjeu est double : réduire les coûts d’accès aux services numériques et sécuriser les flux de données transfrontaliers. Cette évolution ouvre des perspectives pour l’essor du commerce digital régional et l’accélération de la transformation des administrations.
Au final, Zamengoé illustre un basculement structurel : celui d’un secteur télécom devenu infrastructure de souveraineté. Dans un contexte de compétition mondiale autour des données, Camtel positionne le Cameroun dans la catégorie des États qui cherchent à internaliser les actifs numériques critiques de leur développement.



