Thierno Habib Hann, PDG de ShafDB, s'adresse aux médias après avoir dévoilé la nouvelle identité visuelle de la banque.
À Rabat, le changement d’identité de Shelter Afrique dépasse la dimension cosmétique. Il consacre une inflexion stratégique pour une institution créée en 1981 à Lusaka et appelée à jouer un rôle plus structurant dans le financement de la ville africaine. En se positionnant désormais comme banque multilatérale de développement, ShafDB entend élargir son champ d’intervention et renforcer sa capacité de mobilisation de capita\ux sur les marchés régionaux et internationaux.
Ce repositionnement intervient dans un contexte marqué par un déséquilibre structurel. Le continent fait face à un déficit estimé à plus de 53 millions de logements, tandis que les besoins de financement du secteur atteignent environ 1 300 milliards de dollars. Dans le même temps, la population urbaine africaine devrait doubler d’ici 2050, accentuant la pression sur les infrastructures de base : logement, transport, énergie, eau et services urbains.
Pour la direction de ShafDB, l’enjeu est de passer d’une logique institutionnelle à une logique d’impact. Il s’agit désormais de structurer des financements capables de soutenir des projets de logements abordables, de villes résilientes et d’infrastructures durables, tout en générant de la croissance et de l’emploi.
Cette évolution s’inscrit également dans une recomposition plus large du financement du développement en Afrique. Face aux contraintes budgétaires des États, les institutions multilatérales africaines cherchent à renforcer leur rôle d’intermédiation entre capitaux privés, investisseurs internationaux et besoins urbains. Avec 44 États membres et des partenaires tels que la Banque africaine de développement ou Africa Re, Shelter Afrique dispose d’une base institutionnelle susceptible de soutenir cette montée en puissance.
Pour les entreprises, les retombées potentielles sont significatives. Le secteur du BTP, des matériaux de construction, de l’ingénierie, des services financiers et des technologies urbaines devrait bénéficier de l’intensification des investissements. Le logement devient ainsi un véritable moteur économique, capable d’irriguer plusieurs chaînes de valeur et de stimuler l’emploi urbain.
Au Cameroun, où l’urbanisation s’accélère autour de Douala, Yaoundé et Kribi, cette dynamique ouvre des perspectives nouvelles pour les promoteurs immobiliers, les banques et les collectivités locales. La demande en logements et infrastructures dépasse largement les capacités actuelles de financement, rendant crucial l’accès à des mécanismes structurés et de long terme.
À l’échelle de l’Afrique centrale, la transformation de ShafDB pourrait contribuer à combler un déficit chronique en financement urbain. Dans une région où la modernisation des villes conditionne l’attractivité économique, la capacité à structurer des projets bancables devient un levier stratégique de compétitivité.
Au final, le nouveau visage de Shelter Afrique traduit une ambition plus large : faire du financement de l’habitat un pilier central de la transformation économique africaine. Dans un continent en forte urbanisation, la bataille du développement se joue désormais autant dans les villes que dans les secteurs industriels traditionnels.



