À Dibamba, le ronronnement des groupes électrogènes est devenu le nouveau bruit de fond de l’activité industrielle. Depuis près de deux semaines, plusieurs entreprises de cette zone de Douala III ont relégué le réseau électrique au second plan et font tourner leurs installations au gasoil. Dans une savonnerie employant une trentaine de personnes, deux groupes de 200 KVA sont utilisés en alternance. Selon son responsable de production, la facture quotidienne de carburant dépasse certains jours 350 000 FCFA, hors entretien et réparations. Pour un autre opérateur agroalimentaire, le surcoût atteint jusqu’à 400 000 FCFA par jour. Une situation qui transforme une coupure d’électricité en véritable charge d’exploitation.
Le choc se mesure aussi à la production. Dans une unité de transformation du bois, les équipements les plus énergivores ne fonctionnent plus simultanément. Les scies sont rationnées afin de ne pas surcharger le groupe de secours, avec, à la clé, une production annoncée en baisse d’environ moitié. Dans une boulangerie, le four électrique a été remplacé par un équipement au gaz, tandis que le groupe est prioritairement réservé au pétrin et à la chambre froide. À l’hôtel, la climatisation est limitée aux chambres occupées et deux séminaires auraient été annulés.
Lire aussi : CAMEROUN – INDUSTRIE : La Sosucam peut-elle redevenir rentable ?
Même les activités tertiaires ne sont pas épargnées. Dans les agences bancaires et de microfinance, les groupes prennent le relais des équipements essentiels, tandis que les variations de tension compliquent le fonctionnement de certains appareils. Dans une concession automobile, l’atelier de diagnostic électronique aurait suspendu certaines interventions jugées trop sensibles pour une alimentation instable. Le problème dépasse donc la simple continuité du courant : il touche la productivité, les coûts, la qualité du service et, potentiellement, la fidélité des clients.
Cette tension intervient dans un réseau électrique déjà soumis à de fortes contraintes. Dibamba n’est d’ailleurs pas une inconnue pour les programmes de renforcement du système : un projet financé avec l’appui budgétaire de la Banque mondiale prévoit notamment des équipements destinés au poste source de Dibamba-Missolè, parmi plusieurs infrastructures du Littoral et du Sud. L’objectif affiché est de renforcer le transport et la distribution et d’améliorer la fiabilité de l’alimentation.
Derrière les groupes qui tournent à plein régime se joue toutefois une équation financière plus large. La restructuration du secteur électrique camerounais reste confrontée à l’accumulation des impayés entre les différents acteurs de la chaîne. Les états de la dette publique montrent déjà l’ampleur des fragilités financières des entreprises publiques : à fin septembre 2025, la dette directe des entreprises et établissements publics atteignait 952 milliards de FCFA, selon le Comité national de la dette publique.
Pour les industriels de Dibamba, cette réalité macroéconomique se traduit pourtant par une facture très concrète : celle du carburant acheté pour continuer à produire. Chaque journée supplémentaire sans alimentation normale rogne les marges et renchérit les coûts de fabrication. Dans une zone censée concentrer des entreprises créatrices d’emplois et de valeur, le groupe électrogène devient ainsi moins une solution de secours qu’un poste de dépense permanent. Le signal est préoccupant pour la compétitivité industrielle : lorsque l’énergie censée soutenir la production devient elle-même une charge imprévisible, c’est toute la chaîne de valeur qui finit par payer.
Sources : www.economieducameroun.info
Tressy Chouente



