Derrière son statut de bras armé de l’État dans les hydrocarbures, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) cultive une autre réalité : celle d’un groupe aux ramifications multiples. La nouvelle cartographie de ses participations fait apparaître seize sociétés réparties entre huit domaines, confirmant une stratégie engagée depuis 1994 : ne plus seulement intervenir dans l’exploration et la commercialisation du brut, mais occuper progressivement plusieurs maillons de la chaîne pétrolière et des activités connexes. Les rapports antérieurs de la SNH recensaient déjà 13 à 14 participations selon les exercices, avant l’arrivée des nouvelles sociétés de projet liées à CSTAR.
Dans l’amont, la SNH conserve des positions de 20 % dans Perenco Cameroon, Perenco Rio Del Rey et Addax Petroleum Cameroon. Ces participations l’installent aux côtés d’opérateurs internationaux actifs dans les bassins camerounais. Le groupe public intervient ainsi directement dans l’écosystème de production, tout en assumant son rôle de commercialisateur de la part de pétrole revenant à l’État. En 2022, le secteur extractif avait généré plus de 1 123 milliards de FCFA de recettes liées à la commercialisation du pétrole par la SNH-Mandat, selon l’ITIE Cameroun.
Lire aussi : CAMEROUN – HYDROCARBURES : Murphy Oil, nouveau partenaire de la SNH pour quatre blocs pétroliers
La mutation est encore plus visible dans l’aval. La SNH détient désormais 8,17 % de COTCO, opérateur de l’oléoduc reliant les champs pétroliers tchadiens au terminal camerounais de Kribi, et 6,06 % de la SONARA. Mais la nouvelle carte fait surtout ressortir CSTAR Refinery Project Management LLC, détenue à 27 %. Cette société porte le projet d’une raffinerie modulaire de 30 000 barils par jour à Kribi, conçu comme un complément à la SONARA. La première pierre a été posée le 17 juillet 2025 et la SNH indique que la structuration financière du projet se poursuit.
Le même mouvement se retrouve dans le stockage. À COTSA, où la SNH détient 46,5 %, et à la SCDP, avec 15 %, s’ajoutent CSTAR Petroleum et CSTAR Tank Farm Project Management LLC. Cette dernière société, créée à Dubaï en avril 2025, associe Ariana Energy, TRADEX et la SNH pour développer à Kribi un terminal de réserves stratégiques d’une capacité initiale annoncée de 250 000 à 300 000 m³. Le coût global du projet est estimé à 200 millions de dollars.
Lire aussi : CAMEROUN – HYDROCARBURES : La SNH boucle les négociations avec OCTAVIA ENERGY pour le bloc Bolongo
Le contrôle qualité reste, lui, l’un des bastions du groupe public. Avec 97,57 % du capital d’HYDRAC, la SNH exerce une maîtrise quasi totale sur cette activité. Dans le trading, sa participation dans TRADEX, passée historiquement de 54 % à 84 % dans la nouvelle cartographie, confirme également la volonté de garder une présence forte dans la commercialisation et la distribution des produits pétroliers. Cette diversification s’accompagne d’une implantation dans les assurances, avec 45,26 % dans Chanas Assurances et 20 % dans Chanas Assurances Vie.
À ces actifs s’ajoutent 6,31 % dans Cameroon Hotels Corporation et 6,79 % dans le Chantier naval et industriel du Cameroun. L’ensemble dessine une SNH qui dépasse désormais la stricte logique du producteur pétrolier. Ses participations vont de positions minoritaires auprès de compagnies internationales à des contrôles quasi intégrals de filiales stratégiques, tandis que les véhicules CSTAR annoncent une nouvelle étape : renforcer l’intégration du raffinage et du stockage autour de Kribi. Pour la SNH, l’enjeu est désormais moins de multiplier les participations que de transformer ce portefeuille en véritable écosystème industriel et énergétique.
Anatole Bidias



