La reprise de la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) ouvre une nouvelle page pour le premier producteur de sucre du pays. Pourtant, même modernisée et mieux financée, l’entreprise ne pourra retrouver durablement sa compétitivité sans une meilleure maîtrise du marché. Car la principale menace ne provient pas uniquement de ses coûts de production ou de la vétusté de ses installations. Elle réside aussi dans un phénomène qui échappe largement aux industriels : la contrebande et les importations irrégulières de sucre qui alimentent le marché camerounais.
Le déséquilibre est avant tout structurel. La consommation nationale est estimée à près de 400 000 tonnes de sucre par an, alors que la production de la Sosucam avoisine 86 000 tonnes. Cet écart oblige les autorités à recourir à des importations de régulation afin d’assurer l’approvisionnement du marché. Mais à côté de ces volumes officiellement autorisés prospère un commerce parallèle, alimenté par des cargaisons introduites hors des circuits réglementaires ou revendues sans respecter les règles fiscales et douanières. Cette concurrence pèse directement sur les ventes du sucre produit localement.
Lire aussi : CAMEROUN – SOSUCAM : Pourquoi la vraie bataille commence après le départ de Castel
Pour la Sosucam, cette situation crée une double pression. D’un côté, l’entreprise supporte les coûts liés aux plantations, aux salaires, à l’entretien des infrastructures et aux investissements industriels. De l’autre, elle doit affronter des opérateurs informels capables de proposer des prix plus faibles parce qu’ils échappent, en partie, aux droits de douane, à la fiscalité ou aux normes de commercialisation. Ce déséquilibre réduit les marges de l’industriel et limite sa capacité à investir davantage dans la modernisation de la filière.
Les conséquences dépassent le seul cas de la Sosucam. Les planteurs de canne, les transporteurs, les distributeurs agréés et l’ensemble des entreprises qui gravitent autour de la filière subissent les effets de cette concurrence déloyale. Lorsque les circuits parallèles gagnent du terrain, c’est toute la chaîne de valeur qui voit ses revenus diminuer. À terme, cette situation peut décourager les investissements agricoles, ralentir l’extension des plantations et compromettre les objectifs d’autosuffisance affichés par les nouveaux actionnaires.
Lire aussi : CAMEROUN – AGROBUSINESS : Pourquoi la Sosucam vaut bien plus que ses usines
Le plan d’investissement de 137,7 milliards de FCFA annoncé par le consortium ne produira pleinement ses effets que si le marché devient plus prévisible. Moderniser les usines, améliorer les rendements agricoles ou développer l’irrigation ne suffira pas si les producteurs locaux continuent d’affronter une concurrence informelle difficilement contrôlable. Les professionnels du secteur estiment ainsi que la lutte contre la fraude doit avancer au même rythme que les investissements industriels, sous peine de limiter les retombées économiques attendues de la reprise.
L’avenir de la filière sucrière dépendra donc autant des performances de la Sosucam que de la capacité des pouvoirs publics à assainir le marché. Renforcement des contrôles douaniers, meilleure traçabilité des importations, surveillance des circuits de distribution et coordination entre administrations seront déterminants pour créer des conditions de concurrence plus équitables. Après le rachat de la Sosucam, le défi ne consiste plus seulement à produire davantage de sucre, mais aussi à garantir que ce sucre puisse trouver sa place sur un marché où les règles s’appliquent à tous. C’est à cette condition que les investissements engagés pourront se traduire par une véritable relance de la filière sucrière camerounaise.
Amelie Yandal



