Le marché financier de l’Afrique centrale franchit une étape avec l’arrivée d’un acteur régional de la notation. Réunie le 7 août 2026 à Libreville, la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF) a accordé à Geneva Investment Corporation l’agrément lui permettant d’exercer comme agence de notation financière. La décision, signée à Libreville par Jacqueline Adiaba, fait de la société le premier acteur régional agréé dans cette activité.
Cet agrément donne une portée concrète au règlement n°01/22/CEMAC/UMAC/CM/COSUMAF du 21 juillet 2022, qui a intégré les agences de notation dans l’architecture du marché financier régional. Le Règlement général de 2023 encadre notamment leur implantation et leur fonctionnement, avec l’obligation de disposer d’un siège dans la CEMAC, d’un dispositif de contrôle interne adapté et de procédures de conformité. Les méthodologies utilisées sont également soumises à l’encadrement du régulateur.
Geneva Investment Corporation pourra ainsi établir des notations sur des entités, des émetteurs et des instruments financiers correspondant aux méthodologies communiquées à la COSUMAF. L’agence devra transmettre au régulateur toute nouvelle méthodologie ou toute modification substantielle avant sa mise en œuvre. Derrière cette exigence se joue un enjeu central pour le marché : la crédibilité de la notation dépendra autant de la qualité des analyses que de leur indépendance, de leur transparence et de la discipline méthodologique.
La COSUMAF a parallèlement accordé un agrément d’exercice à Serge Mathieu Kombou, appelé à diriger Geneva Investment Corporation en qualité d’administrateur directeur général. Le financier dispose d’environ quinze années d’expérience dans les fonctions administratives et financières, notamment au sein d’Activa Assurance, NSIA Assurance, Zenithe Insurance et Afri Life Insurance. Le conseil d’administration de la société est, lui, présidé par Mabondzo Lucien Wilfried Guennolé, ancien cadre d’Heli-Union Gabon.
Au-delà de la création d’un nouvel acteur, l’enjeu est celui de la notation en monnaie locale. Jusqu’ici, les opérateurs de la CEMAC s’appuyaient largement sur les grandes agences internationales pour apprécier le risque. L’existence d’une expertise régionale pourrait permettre de mieux intégrer les caractéristiques économiques, financières et monétaires des marchés d’Afrique centrale. En Afrique de l’Ouest, l’écosystème est déjà plus avancé, avec notamment Bloomfield Investment Corporation et GCR West Africa.
Pour les entreprises, banques et autres émetteurs, une notation régionale peut devenir un instrument de transparence et de crédibilité auprès des investisseurs, mais aussi un levier pour diversifier les sources de financement ou préparer une opération sur le marché des capitaux. Pour les États, l’apport apparaît plus circonscrit : la BEAC dispose déjà de références issues des adjudications, des taux de rendement et des données du marché secondaire des titres publics.
Cette première licence intervient alors que le cadre institutionnel du marché continue de se renforcer. Au premier semestre 2025, la COSUMAF indiquait avoir adopté neuf nouvelles instructions, portant à 42 le nombre d’instructions adoptées depuis 2022. En mars 2026, le régulateur avait par ailleurs engagé des consultations sur plusieurs projets, dont celui consacré aux conditions et procédures d’agrément des agences de notation. Geneva Investment Corporation dispose désormais du premier agrément régional. Reste à transformer cette avancée réglementaire en confiance auprès des entreprises, des émetteurs et des investisseurs, et à démontrer la valeur ajoutée d’une notation ancrée dans les réalités de la CEMAC.
Tressy Chouente



